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Manifeste de 1989

Dans un monde où le pouvoir accule les individus des classes dominées à la démission, nous avons décidé de nous unir pour agir. Nous refusons autant de nous soumettre, d'obéir et de nous résigner que de nous cacher derrière un pseudo-cynisme masquant souvent l'acceptation d'une situation médiocre. Nous voulons construire une société libertaire, c'est-à-dire: fédéraliste, égalitaire, collectiviste, autogérée, sans hiérarchie. Mais nous ne voulons pas nous battre seulement pour des lendemains qui chantent. Nous combattons dès maintenant, et avec d'autres, les pouvoirs qui exploitent notre travail, aliènent notre vie et anéantissent notre liberté.



Nous avons créé l'Organisation Socialiste Libertaire afin de mieux intervenir dans la société. Nous luttons avec tous ceux qui tentent de récupérer une emprise à la fois sur leur quotidien et sur les options fondamentales du développement social. Nous répondons à l'idéologie dominante du "chacun pour soi" qui ne signifie rien d'autre que "tous pour les maîtres", par une pratique d'entraide, de solidarité, de lutte et de critique.

Concrètement, nous soutenons toutes les pratiques qui tendent à l'émancipation des classes dominées, qu'elles se donnent dans des associations populaires, syndicats, expériences alternatives, ou hors d'elles. Partout nous défendrons un fonctionnement et des options autogestionnaires de façon à ce que la base tienne en mains les rênes de ces organisations. Partout nous promouvrons des luttes contre l'exploitation, le capitalisme, l'autoritarisme, le racisme, l'impérialisme, le fascisme, etc... Notre but n'est pas de créer de nouveaux chefs, mais d'inciter les individus des classes dominées à se défendre contre leurs souverains et à conquérir leur autonomie. Seule l'action directe et l'auto-organisation des dominés créeront des lieux de contre-pouvoir où pourront émerger, avec des rapports sociaux nouveaux, l'imagination et la vie, dans un terreau plus fertile que celui imposé par les dominants.

En tant que socialistes libertaires, nous défendons un projet global de transformation de la société. Ce projet s'inscrit dans une dynamique émancipatrice et anti-autoritaire des luttes sociales contre les sociétés de domination et d'exploitation.

Nous refusons à la fois le réformisme et le léninisme. Le premier, parce qu'il ne conteste pas les règles fondamentales des sociétés dans lesquelles il s'insère et qu'il contribue par là-même à perpétuer. Le second, parce qu'il offre un modèle autoritaire et bureaucratique de changement social qui reproduit la domination et l'exploitation. Nous nous réclamons en revanche d'une tradition anarchiste née et forgée dans les luttes sociales. Certes, l'anarchisme est un terme qui n'est ni homogène ni unitaire. Il recouvre des ambiguïtés regrettables, apparenté qu'il est à l'individualisme intransigeant, ainsi qu'au nihilisme inconséquent et dépourvu de perspectives politiques.

Notre projet dans l'histoire

En tant que socialistes libertaires, nous défendons un projet global de transformation de la société. Ce projet s'inscrit dans une dynamique émancipatrice et anti-autoritaire des luttes sociales contre les sociétés de domination et d'exploitation.

Nous refusons à la fois le réformisme et le léninisme. Le premier, parce qu'il ne conteste pas les règles fondamentales des sociétés dans lesquelles il s'insère et qu'il contribue par là-même à perpétuer. Le second, parce qu'il offre un modèle autoritaire et bureaucratique de changement social qui reproduit la domination et l'exploitation. Nous nous réclamons en revanche d'une tradition anarchiste née et forgée dans les luttes sociales. Certes, l'anarchisme est un terme qui n'est ni homogène ni unitaire. Il recouvre des ambiguïtés regrettables, apparenté qu'il est à l'individualisme intransigeant, ainsi qu'au nihilisme inconséquent et dépourvu de perspectives politiques.

Le socialisme libertaire est un courant spécifique au sein du mouvement ouvrier et de ses composantes anarchistes. Il a pris, dans l'histoire, des visages multiples. Sa caractéristique essentielle est d'avoir été et de continuer à être partie prenante des luttes réelles des gens pour changer leurs conditions de vie. Nous pensons à ces exemples historiques que sont, entre autres, la lère Internationale et l'influence considérable qu'y a exercée la tendance libertaire (Bakounine et la Fédération Jurassienne notamment), la Commune de Paris, l'anarcho-syndicalisme et le syndicalisme révolutionnaire, la Révolution russe, la guerre civile espagnole et les expériences émancipatrices qu'ont menées la CNT/FAI, la Révolution hongroise de 1956, mai 68. Dans ces périodes historiques précises, le prolétariat - pour nous, l'ensemble des couches sociales dominées - approché, voire partiellement réalisé le contenu d'un projet conséquemment révolutionnaire. A d'autres moments, moins visibles et donc moins connus, nous soutenons que l'ensemble des luttes sociales porte, à des degrés divers, les possibilités d'une auto-émancipation du prolétariat engagé dans la lutte de classes.

Nous ne tenons pas à faire un culte du passé et des luttes qui s'y sont déroulées. Au-delà des expériences qu'elles contiennent et qu'il faut s'approprier, notre projet se conçoit dans le présent et dans l'avenir. En effet, bien que ces références historiques révèlent des cheminements fondamentaux, elles ne sont pas suffisantes pour comprendre la réalité sociale d'aujourd'hui. Il est très important de sortir des mythes éternels et de saisir que notre référence première et nos enseignements majeurs proviennent des luttes sociales contemporaines. C'est à travers ces expériences de confrontation que nous pouvons voir comment les gens visent parfois, de façon imprécise, partielle ou mutilée, la conquête d'un pouvoir sur leur vie et donc la transformation globale de la société.

Le contenu de notre projet


Notre projet social et politique se veut socialiste et libertaire. Ces deux termes désignent globalement son contenu. Nous visons une société fonctionnant sur le mode de l'autogestion généralisée, à travers une structure politique fédéraliste que nous pourrions appeler "démocratie révolutionnaire des Conseils". Ce projet de société, partagé à des degrés divers par des courants politiques proches de nous, est à la fois un thème de réflexion et un objectif de luttes. Nous nous inscrivons dans une continuité historique qui trouve son expression chez des militants comme Bakounine et James Guillaume, Pelloutier et Pouget, Malatesta, Berneri et le mouvement conseilliste lié au marxisme anti-autoritaire (Rosa Luxembourg, Pannekoek ou Korsch), "Socialisme ou Barbarie" et, dans une certaine mesure, l'Autonomie italienne et l'Internationale Situationniste.

Sans vouloir entrer dans les détails de cette tradition, mentionnons-en les caractéristiques principales: a) la transformation radicale des rapports entre les hommes, mettant un terme à l'exploitation de classe, à la division dirigeants/exécutants et à tous les privilèges sociaux et politiques qui en découlent; b) l'absence de tout pouvoir séparé sur la société et de structures hiérarchiques de domination, en particulier sous leur forme la plus connue: l'Etat. c) l'égalité de participation aux décisions, l'autonomie d'initiatives et de libertés dévolue aux individus et aux collectivités de base, organisées conformément aux principes du fédéralisme associatif. d) la socialisation des moyens de production et d'échange.

En tant que libertaires, l'autogestion est pour nous la gestion par les individus et groupes de base non seulement de la vie économique, mais de toute la vie sociale. C'est pourquoi nous refusons toutes les formes politiques de délégation permanente du pouvoir: structures étatiques, parlement selon les principes de la démocratie bourgeoise, parti-guide, bureaucratie. Notre projet se veut radicalement anti-capitaliste et antiautoritaire. Il désigne une autre échelle de valeurs. Il est cependant insuffisant de s'en tenir strictement aux motivations éthiques qui le fondent. Il, faut compléter cette vue et ajouter que ce projet a des racines sociales évidentes. Il est la manifestation d'une opposition permanente -quoique diversifiée- dans une société traversée de conflits. Dans ce sens, nous ne l'inventons pas. Il résulte de ce que la société dit déjà confusément d'elle-même à tous les niveaux. La question de l'inéluctabilité du socialisme ou du non-socialisme nous semble oiseuse. Le fait important est que la société telle qu'elle est aujourd'hui instituée rend possible sa transformation dans le sens de notre projet.

Face au capitalisme

Pour nous, le capitalisme se présente comme un ensemble d'appareils de commandement, garantis les uns et les autres par la capacité de l'Etat d'assurer une domination sur l'ensemble de la société. L'aliénation dans les sociétés capitalistes est d'abord d'ordre politique. Nous rompons donc avec une vision économiciste et déterministe du capitalisme, véhiculée par un marxisme orthodoxe et mécaniste, qui ignore les apports fondamentaux, quoique parfois contradictoires, de Marx lui-même. Il est en effet difficile de parler du capitalisme sans faire une référence critique au marxisme. Ce terme est d'ailleurs équivoque. Le marxisme ne se présente pas comme une pensée homogène. Il est écartelé entre deux conceptions opposées du monde. L'une fait de l'évolution des techniques de production le moteur de l'histoire et réduit en dernière instance les contradictions de classes aux rapports qui se nouent dans la production. L'autre, au contraire, attribue à la lutte de classes un rôle pré-éminent dans la transformation des sociétés. Nous refusons d'analyser le capitalisme sous le seul angle de l'exploitation économique. Nous pensons qu'il s'agit là d'une vue réductionniste; partielle et donc fausse. Certes, le capitalisme se développe à partir d'une signification qui lui est centrale: l'économie. A ce titre, cette sphère d'activité asservit les autres à son imaginaire, à sa culture, à son temps et à son mode de fonctionnement. L'économie devient ainsi un des lieux essentiels du pouvoir de commandement sur les hommes. En d'autres termes, l'aliénation première est donc bien de l'ordre du pouvoir. Elle se donne dans la contradiction qui oppose dominants et dominés, et ceci à l'échelon de la société toute entière, toutes sphères d'activités confondues. Plus précisément encore, l'activité économique, bien que fonctionnant selon des règles qui lui sont spécifiques, ne peut être saisie en dehors des significations sociales, des objectifs, des modalités de réalisation que les groupes sociaux lui assignent à travers des processus traversés de conflits.

C'est pourquoi nous nous opposons aux théories "classiques" du changement social qui réduisent la révolution à la suppression de l'appropriation privée des moyens de production. Les aspirations des hommes dépassent les stricts besoins économiques, pour y inclure la gestion collective de la société. Pour nous, par conséquent, la façon dont la société est gérée et qui la gère importe au moins autant que la destination finale de la production.

La réalité sociale n'est jamais déterminée en dernière instance par une quelconque "base matérielle", fût-elle économique. La réalité sociale est le résultat jamais achevé d'un processus historique où groupes et individus luttent pour définir ce qui est légitime. C'est en fait ce qui constitue le politique, qui se présente aujourd'hui comme un rapport de domination où quelques groupes minoritaires parviennent à imposer leurs conceptions et intérêts comme ceux de tous. C'est pour cela que le capitalisme est une société qui produit le gaspillage, l'inégalité et l'aliénation. --Les régimes qui prétendent incarner le socialisme - en URSS et dans les pays satellites, en Chine, à Cuba ou ailleurs encore - fonctionnent fondamentalement selon les mêmes valeurs que le capitalisme, même si la propriété privée y a été abolie. Ils demeurent des sociétés d'exploitation, des capitalismes d'Etat à domination bureaucratique.

Nous ne pouvons attribuer la réalité de ces sociétés à une quelconque dégénérescence d'Etats "ouvriers", mais bien aux conceptions et aux pratiques tragiquement autoritaires développées par le léninisme. Cette analyse n'est certes pas nouvelle. Au cœur même du processus révolutionnaire russe, les anarchistes (la Makhnovitchina, la Commune de Cronstadt notamment) et d'autres courants socialistes (socialistes révolutionnaires de gauche et maximalistes, oppositions ouvrières au sein du parti bolchévique entre autres) ont pratiquement et théoriquement combattu la dictature des commissaires, appareil bureaucratique appelé à dominer et à exploiter à ses propres fins l'ensemble de la société.

Pour une intervention anti-autoritaire dans les luttes


Contre le réformisme et le léninisme, nous pensons que notre projet n'est pas de ceux qui puissent être autoritairement imposés. Il appartient aux gens eux-mêmes de le mettre en oeuvre aujourd'hui déjà, comme ils l'ont fait dans le passé.

Notre organisation se conçoit comme un instrument au service de ce projet et de l'émancipation sociale qu'il incarne. Dans notre stratégie comme dans notre tactique, nos idées-force sont: autonomie et démocratie dans les luttes, pratiques d'action directe (c'est-à-dire non déléguées à des spécialistes), autogestion des activités. Ceci, nous l'opposons à toutes les tentatives d'instrumentaliser les luttes sociales et de construire des pouvoirs séparés des mouvements. La façon dont un résultat est obtenu est au moins aussi importante que le résultat lui-même: les moyens mis en œuvre conditionnent et préfigurent les buts recherchés.

Littéralement, l'autonomie signifie "qui tire ses principes de soi-même". Elle manifeste ce besoin essentiel de l'être humain de ne pas être dirigé, de disposer librement de sa vie, de dominer réellement son existence sans que les décisions le concernant soient déléguées à d'autres: c'est l'application stricte et radicale des principes de la démocratie directe. Combattre pour l'autonomie, c'est partir de celle-ci pour la développer et conquérir des espaces plus larges de liberté. L'autonomie n'est pas une figure idéologique, elle se conçoit comme une pratique politique, qui vise l'autre comme l'agent du développement de sa propre liberté, de sa propre émancipation, donc de sa propre autonomie. Bakounine écrivait: "La liberté des autres, loin d'être une limite à la mienne, étend ma liberté à l'infini", tout comme Marx affirmait: "l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes". L'Organisation Socialiste Libertaire répond à la nécessité, pour des camarades engagés dans des processus de luttes sociales, d'organiser des pratiques sur un plan collectif et de les articuler à un projet global. Approfondir une conception libertaire de l'organisation passe par l'éclaircissement d'une question déjà largement débattue dans les milieux anti-autoritaires. En effet, la question de l'"avant-garde" est un des tabous les plus absolus que trimbalent les anarchistes. Et pour cause. Peut-on à la fois réfuter tous les chefs, toutes les directions, toutes les hiérarchies, et accréditer le fait que des libertaires puissent être des leaders ou même simplement des animateurs des luttes ? La contradiction paraît insurmontable à certains esprits. On constate pourtant que des militants et des organisations libertaires ont joué dans l'histoire des luttes sociales un rôle très important. L'anarchisme orthodoxe reste aveugle devant une telle évidence. Il est vrai que l'avant-gardisme sous sa forme léniniste ne contribue pas à clarifier le débat. Ce n'est pas une raison suffisante cependant pour se replier dans de petits cercles ressassant sans cesse les mêmes mythes, engendrant, par crainte de devenir une nouvelle bureaucratie, la désorganisation, l'inefficacité et l'isolement.

A notre sens, il faut dépasser les termes d'un vieux débat et concevoir notre organisation comme un animateur antiautoritaire des luttes sociales. Et cela veut dire que nous envisageons celles-ci comme un processus dialectique vivant: nous sommes à la fois organisateurs et pour l'auto-organisation, à la fois pour la spontanéité et source de propositions, à la fois pour la démocratie directe et l'autogestion et médiateurs actifs entre les gens. Le rapport militant-masse existe. Et il existe précisément parce que les sociétés dans lesquelles nous vivons ne sont pas des sociétés de liberté, mais de domination et d'aliénation. Les gens, les travailleurs, les mouvements sociaux ne s'engagent pas selon les mêmes rythmes, les mêmes connaissances, les mêmes niveaux de conscience et dans les mêmes conditions. Il faut donc voir dans ce rapport militant-masse, qui, en quelque sorte, nous situé comme "avant-garde", un processus dans lequel nous nous efforçons de privilégier systématiquement des pratiques de démocratie directe et d'autogestion, de façon à rendre possible notre propre dépassement.

En ce sens, la lutte sociale telle que nous la concevons, est forcément graduelle dans sa dynamique, mais non linéaire, car la confrontation sociale est le lieu par excellence de la création possible, du saut qualitatif, de l'avancée comme du recul, de la révolution comme de la contre-révolution. Malatesta disait déjà: "la société apprend aux hommes à être serviles, mais ce sont des hommes aspirant à la liberté qui peuvent développer des pratiques d'émancipation sociale". Dès lors, l'objectif prioritaire de nos interventions politiques consiste à créer les conditions et les terrains les plus favorables où groupes et individus puissent devenir acteurs de leur propre existence. C'est une stratégie de contre-pouvoir que nous proposons -ce que Malatesta appelait le gradualisme anarchiste- sur la base d'une conception radicalement démocratique: la conquête d'espaces autonomes est ici vue comme l'élargissement graduel des possibilités d'une révolution sociale.

Le courage du possible

En participant aux luttes réelles des individus et des groupes sociaux, nous avons choisi le courage du possible. Ce choix s'inscrit dans le cadre d'une société en crise, qui perd progressivement sa légitimité. Cette crise affecte l'ensemble des activités humaines: économique, culturelle et politique. Les identités sociales s'effritent. Les motivations s'émoussent. Il en résulte nombre d'attitudes individualistes de repli sur soi, une perte de sens généralisée, alors que les classes dominantes sont aujourd'hui à l'offensive. L'idée révolutionnaire est elle aussi en crise. La volonté d'engagement et de changement du monde demeure très minoritaire. Mais cette crise-là est avant tout celle d'une conception particulière de la transformation sociale: le léninisme dans ses multiples variantes autoritaires. --Toute une série de faits laisse cependant poindre une traduction possible d'attitudes défensives en comportements plus combatifs. C'est précisément ce qui fait la richesse et le paradoxe de la période que nous traversons.

La crise se présente aussi comme une possibilité de développement pour le mouvement libertaire. Sur le terrain des mentalités, nous pouvons constater qu'elle a trouvé sa source pour une large mesure dans une contestation de l'autorité sous toutes ses formes, dans le travail, dans la famille, dans les rapports entre hommes et femmes, et plus généralement dans l'espace politique. La vogue du mot autogestion et certaines pratiques alternatives sont autant d'indices d'un déclin des valeurs traditionnelles allant de pair avec l'émergence d'une sensibilité anti-autoritaire. Une opposition diffuse, parfois plus directe, contre les contraintes et les aliénations liées à l'évolution récente des sociétés capitalistes contribue à donner forme à notreprojet. Tout cela se traduit d'ailleurs au niveau des actions et des revendications de différents mouvements sociaux de rupture, par la diffusion de pratiques telles que: démocratie dans les luttes, remise en cause de la hiérarchie des salaires, de l'encadrement et de l'organisation du travail, de l'urbanisme capitaliste, rejet du racisme anti-immigrés et anti-jeunes, prises de parole et contestation ouverte, émancipation des femmes, écologie, pacifisme...

Nous sommes conscients des contradictions, des ambiguïtés et des limites qui traversent l'ensemble des luttes sociales et leur sensibilité anti-autoritaire. La transformation de ces contestations partielles en un mouvement de rupture anti-capitaliste reste à construire. C'est dans ce contexte qu'intervient notre engagement dans le mouvement syndical, dans les mouvements sociaux et de solidarité avec le Tiers-Monde ou avec les tentatives de rupture politiques à l'Est. Le pays dans lequel nous nous trouvons, la Suisse, comporte certaines spécificités qui conditionnent et qui limitent considérablement nos activités. Un demi-siècle de Paix du Travail et de collaboration de classes a conduit à une absence presque totale de traditions combatives dans le mouvement ouvrier. Ses organisations, dans leur majorité, ne constituent plus que des rouages du système de domination. La plupart des fédérations syndicales, à travers une politique corporatiste et nationaliste, se sont bureaucratisées et se présentent aujourd'hui comme des agents répressifs contre toute résistance des travailleurs. Les mouvements sociaux ne sont pas non plus exempts de toute possibilité d'institutionnalisation. Comme les organisations politiques et syndicales de la gauche traditionnelle, ils nourrissent de nombreuses possibilités de délégation et de bureaucratisation. Dans le Tiers-Monde, les luttes de libération nationale et anti-impérialistes, prises dans la logique des blocs, reproduisent souvent ce contre quoi nous nous battons. Malgré et à cause de tout cela, l'Organisation Socialiste Libertaire considère qu'une intervention politique aux côtés des individus ou groupes manifestant aujourd'hui, de façon minoritaire, une volonté de rupture dans différents mouvements, reste la seule réponse possible à ce monde. Notre organisation a beaucoup à apprendre et à donner dans ce combat politique. Ses capacités d'initiative et sa volonté d'oeuvrer dans le sens de l'auto-organisation des luttes demeurent néanmoins les seules garanties qu'elle a à offrir.

Au delà de l'utopie

Nous ne craignons pas d'être considérés comme des utopistes. Notre engagement, cumulé à d'autres, définit un nouvel ordre des valeurs. Le monde dans lequel nous vivons est inacceptable comme tel, si bien que la révolution est devenue une tâche éthique. L'écart entre ces valeurs et la réalité quotidienne est plus ou moins important selon les conjonctures historiques. Toujours est-il que seuls des individus, des groupes, des mouvements de plus en plus larges peuvent le réduire. Nous pouvons choisir d'être révolutionnaires ou de ne pas l'être. Ayant décidé de vivre dans la lucidité, nous avons choisi de l'être, en admettant que rien, hormis la lutte des hommes et des femmes, ne pourra accomplir cette tâche.

OSL, Janvier 1986