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Les soulèvements populaires de Tunisie et d’Algérie ouvrent la voie !

460_0___30_0_0_0_0_0_afp_110112tunisiemanifestation_8Ben Ali a abandonné le pouvoir. Il est trop tôt pour analyser cette échéance nouvelle de la crise politique ouverte par la lutte sociale. Mais, en l'état, il est évident que c'est le soulèvement populaire qui a forcé le départ du tyran.

Les luttes du Maghreb

En Tunisie et en Algérie depuis de semaines, ce ne sont pas des événements isolés, circonscrits. Il ne s'agit pas simplement de mouvements émeutiers d'une population exaspérée et d'une jeunesse sans espoir. La répression étatique impitoyable ne dit pas tout. C'est le combat qui est mené qui nous dit l'essentiel.

 

Depuis fin décembre 2010 des manifestations contre les conditions de vie insupportables, contre le mépris des puissants-es, contre le déni du pouvoir, ont eu lieu en Tunisie. Elles se sont propagées dans le Maghreb.

Ce qui est présenté par les médias « aux ordres » comme une explosion soudaine s'inscrit dans un cycle de contestations sociales et politiques réprimées par les gouvernements en place, avec l'appui des principaux Etat capitalistes.

Les peuples du Maghreb subissent de plein fouet les conséquences d'une forte spéculation capitaliste sur les matières premières alimentaires. Des augmentations moyennes de 30 % des prix des produits de première nécessité : pain, huile, sucre et semoule. Le tout dans un contexte de capitalisme corrompu, d'Etats autoritaires et oligarchiques affirmant chaque jour davantage leur dimension dictatoriale.

Un mouvement social au long cours

Le pouvoir en Tunisie et en Algérie a répondu aux dernières luttes par une répression terrible. Sans doute plus de 60 morts en Tunisie. C'est, à la une de l'actualité, la réédition de la tradition bourgeoise des fusilleurs du peuple. Mais, en même temps, la lutte sociale oblige les puissants à reculer.

Dans les dernières années, en 2008, dans le bassin minier de Gafsa Redeyef, en Tunisie, des mouvements ont eu lieu contre des conditions de travail insupportables. Face à ce long et courageux combat, l'Etat a déployé une répression policière suivie par l'incarcération de nombreux militants et manifestants.

Début janvier 2011, c'est au tour du peuple algérien de se soulever contre la hausse des prix, le détournement des biens publics, l'accaparement par les corrompus de la rente pétrolière et les politiques de misère pilotées par le FMI. Il y a eu auparavant la mobilisation de plus de 11'000 travailleurs dans la région industrielle de Rouiba.

Au Maroc, depuis 2008, le régime développe une action systématique contre les libertés démocratiques et syndicales, attaque les luttes ouvrières, au premier le combat des mineurs, réprime dans le sang la protestation du peuple sahraoui.

Partout dans le Maghreb, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Pourquoi les soulèvements ?

Des bourgeoises locales à la botte du FMI et des multinationales privent les majorités sociales de tout espoir d'améliorer leurs conditions de vie, de jouir des droits fondamentaux, de bénéficier d'une certaine sécurité sociale. Elles leur imposent une précarité sans fin, une misère profonde, des salaires de famine. Et cela atteint désormais l'immense majorité des travailleurs-es et des classes populaires, jeunes, vieux-ieilles, qualifiés-es ou non qualilifiés-es. La seule chose que les pouvoirs d'Algérie et de Tunisie, comme du Maroc d'ailleurs, offre aux gens c'est de se soumettre et de se résigner, d'accepter et de se taire.

La misère matérielle, l'infinie précarité et le chômage structurel sont les dimensions centrales du capitalisme au Maghreb. C'est cela qui a provoqué une rébellion qui pourrait avoir une claire projection révolutionnaire.

C'est à une situation insupportable que répond le soulèvement. Contrairement à ce que les médias du système prétendent, les manifestations de rue ne constituent pas la seule pratique de lutte. Elles comportent d'abord une dimension de réappropriation des biens, notamment des biens de première nécessité, qui est un véritable processus de « socialisation sur le tas ». Elles se combinent avec des mouvements de grève dans les lieux de production et de formation. Elles renvoient à un formidable travail d'auto-organisation et d'action directe des classes populaires. Elles mettent en valeur le travail d'organisation patient et courageux, mené parfois depuis des décennies, face à la répression, par des collectifs syndicaux, sociaux ou politiques. C'est, par exemple le cas, des syndicats autonomes de base en Algérie, des secteurs combatifs de l'UGT en Tunisie, des associations de travailleurs-euses intellectuels-elles au chômage et du syndicalisme combatif au Maroc.

Il y a du Maghreb partout !

Les soulèvements populaires de Tunisie et d'Algérie, comme hier la grève générale en Guadeloupe ou le mouvement contre le CPE en France, nous rappellent où est notre force, où se forge une politique efficace pour défendre nos aspirations et nos intérêts. Non dans les gouvernements, les parlements et les institutions qui servent toujours et partout (ou presque, à deux ou trois îlots près) les intérêts de privilégiés-es mais dans la construction systématique de la puissance populaire, dans l'implantation d'organisations de lutte, d'entraide et de coopération, indépendantes du pouvoir étatique et capitaliste.

Les pouvoirs du Maghreb sont parmi les expressions les plus caricaturales et les plus brutales de ce qu'est le système capitaliste globalisé. Mais ils ne constituent pas pour autant des réalités extérieures au système. Bien au contraire. Ils en sont simplement une expression immédiatement sanglante. Ici même en Europe, la consolidation d'Etats autoritaires est à l'ordre du jour, liquidant la liberté de la presse comme en Hongrie, menaçant gravement le droit de grève et les libertés syndicales, militarisant les travailleurs-euses en grève comme en Espagne et en Italie, tentant de ruiner partout les services publics, les retraites et les salaires, imposant la précarité et l'insécurité sociale,

Les luttes sociales dans le Maghreb s'inscrivent dans une longue chaîne de soulèvements populaires qui parcourent le monde. Partout il est question de refuser la logique d'exploitation et de domination d'un capitalisme de saccage.

C'est ce système général qui est combattu partout, jusqu'à l'insurrection. Certes, la brutalité particulière que manifeste aujourd'hui le pouvoir en Algérie et en Tunisie est inconnue dans les pays du centre. Mais la guerre sociale se livre aussi ici. Les mouvements peuvent être plus ou moins forts, longs et déterminés mais tous expriment partout une volonté de résister au système et de gagner par l'action directe une nouvelle répartition des richesses et du pouvoir. Partout où il y a lutte il y a affirmation du pouvoir populaire.

Chacun-e connaît cette vérité d'évidence : l'immense majorité des gouvernements, les partis de la droite comme de la gauche du système, les institutions supranationales et les appareils étatiques mènent, en dernière instance, une même politique destinée à accroître sans fin les profits du capital et la domination à vocation illimitée des capitalistes et de leurs bureaucraties, privées ou étatiques, sur la vie sociale tout entière.

Contre cette barbarisation rampante, partout dans le monde, les grèves, les manifestations et les soulèvements s'étendent. Partout s'expriment les besoins de liberté, d'égalité, de justice sociale et d'émancipation. Partout celles et ceux qui luttent posent la question de l'appropriation sociale des richesses, de la démocratie réelle et radicale.

Action directe populaire, politique de libération

Du « gazolinazo » de Bolivie qui a brisé la tentative d'Evo Morales d'imposer une politique d'austérité au soulèvement en Iran contre la dictature des mollahs, des grèves du Portugal et d'Espagne à celles du Cambodge, de Chine ou du Bangladesh, partout le même espoir se lève. Partout le mouvement agit en comptant sur ses propres forces, en construisant sa propre puissance. L'action directe populaire exprime tout entière la politique de libération.

On nous parle souvent de crise, de différences entre le capitalisme productif et le capitalisme financier et spéculatif, d'action correctrice possible des instruments politiques et étatiques. Tout cela n'est qu'une vaste mystification. C'est un pillage des revenus, des biens et des acquis des classes populaires qui est partout en route pour que les capitalistes touchent la rémunération qu'ils fixent eux-mêmes chaque jour. Il n'y a ni gouvernement ni institution étatique qui échappent à cette normalisation capitaliste. Il n'y a ni classe politique ni bureaucratie, quelle que soit l'étiquette idéologique ou religieuse qu'elles se donnent, qui ne soient bourgeoises dans leurs intérêts et leurs ambitions.

Ce qui compte pour notre émancipation c'est notre force, porteuse du changement social et de la projection révolutionnaire, du socialisme et de la liberté.

Les soulèvements populaires du Maghreb, le courage et la dignité des femmes et des hommes qui les portent, contribuent à ouvrir ce chemin pour toutes et tous.

Organisation Socialiste Libertaire (OSL) Vaud