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Quelque chose de pourri...

1313719995_6093dcb3cf_oMais où s'arrêtera l'abjecte politique helvétique ? Un groupe de fonctionnaires zélés, sur les bonnes recommandations d'un.e Conseiller,ère fédéral.e anonyme, réfléchit à diverses « idées » pour endiguer l'immigration illégale comme par exemple la dénonciation des enfants sans-papiers par les établissements scolaires. Choquant ? A peine, quand on regarde le wagon d'injustices entérinées ces derniers mois et celles qui n'attendent plus qu'à faire leur sinistre apparition en 2011. Rétrospective et tentative d'analyse succincte de différents événements politiques de 2010 et quelques perspectives pour 2011.

 

Plus de limites dans l'injustice

Tout ce qui compose l'appareil de domination politique et idéologique de ce pays a perdu définitivement ses derniers complexes « droit-de-l'hommistes » qui n'étaient de toute manière que pure bienséance. Finit les petits ronds de jambe, vive la real politikeffectuéeà coups de discriminations en tout genre et de destruction des droits sociaux primordiaux. Dénoncer des enfants sans-papiers par le biais de leur établissement scolaire et avec le concours des enseignant.e.s est devenu une option à laquelle « on peut réfléchir » dans les salons feutrés de la Berne fédérale. On en a finit avec ces considérations « obsolètes » telles que le droit à l'éducation – chez les dominants, on ne s'arrête plus à ces futilités.

Le contestataire politique ou l'individu incrédule est regardé dubitativement lorsqu'il ose remettre la bonne marche de la nouvelle politique de « dignité » envers les migrant.e.s. Ainsi, Oskar Freysinger expliquait aux ignares éventuels lors du journal télévisé du 9 janvier 2011 que « [...]vivre caché, vivre dans l'inégalité, dans l'angoisse, dans l'incertitude, c'est pas une vie digne, c'est quelque chose qui vous donne des ulcères à l'estomac, des cancers, etc. Moi, je suis pour créer une situation claire pour que les gens puissent vivre une vie digne, soit chez eux, soit chez nous ».

Ainsi à l'UDC, on s'inquiète volontiers des problèmes d'estomac ou de métastases des migrant.e.s. Curieusement, leur renvoi forcé dans des pays et régions du monde entier où règnent les conflits militaires, les guerre civiles, la famine, les discriminations religieuses, sexuelles et ethniques ne semble provoquer à ses yeux aucune atteinte à leur santé physique ou mentale. L'inquiétude est tout aussi limitée quant aux conditions de travail des migrant.e.s sans-papiers, exploité.e.s par des néo-esclavagistes dans les champs de la campagne vaudoise ou dans les bureaux cosy du centre-ville lausannois. Contraint.e.s à des salaires de misère et à des logements insalubres, leur santé et leur bien-être sont accessoires. En définitive, les conditions indignes d'existence des migrant.e.s illégaux et sans-papiers en Suisse, notamment par la délocalisation « sur place » dont ils sont victimes est un moindre mal quand il s'agit de compresser les coûts du travail et d'engraisser encore plus les porcs capitalistes.

L'argumentation purement immonde et sophiste d'Oskar Freysinger et de ses comparses montre à celles et ceux qui n'en étaient pas encore convaincu.e.s, que la langue de bois a cédé sa place à la langue de « merde ». Leur discours sont malodorants et rappellent les effluves d'un complexe d'épuration des eaux usées. Leurs convictions politiques ont trouvé le terrain biologique favorable à leur développement. Mais il ne faudrait pas faire l'erreur de considérer ce parti comme une bande « d'abruti.e.s ». Leur stratégie politique est à point et leur discours fait mouche auprès de la société. Quand d'autres partis se contentent de faire de l'administration et de surfer sur leurs acquis historiques, l'UDC fait de la politique, mobilise ses forces et exerce à merveille son pouvoir d'attraction et de conviction. La « machine » à gagner est bien en marche.

Le Capital, c'est le pouvoir sur les choses. L'Etat, c'est le pouvoir sur les gens. Le Tout, c'est l'horreur de notre quotidien

Ne nous y trompons cependant pas, les autres politiciens institutionnels, ceux qui se prosternent devant le Capital soit l'UBS, Novartis et autres monstres commerciaux et industriels, n'ont rien à envier au pedigree de l'UDC. Tous les gouvernants cantonaux et fédéraux ont leurs lettres de noblesse dans l'art de frapper les plus faibles, de paupériser le peuple, d'améliorer le système d'exploitation que certain.e.s appellent encore par nostalgie ou par endoctrinement « mon pays ». Quel que soit le parti, cela ne change rien en la manière dont ils prêtent allégeances aux lobbys de la chimie, des assurances et des banques. Les politiciens institutionnels constituent, à merveille, cette caste de serviteurs interchangeables et disciplinés, qui pour quelques misérables privilèges assurent la pérennité du système de domination et d'exploitation des classes populaires. Dans ce sens, le millésime 2010 a illustré de manière brutale la mise en œuvre de leur funeste politique : discrimination, asservissement, et réduction des droits sociaux fondamentaux afin de contenter les dominants et leur compte en banque.

Ainsi, l'acceptation en votation populaire de la modification de la loi sur l'assurance-chômage (LACI) ne fut qu'un épisode supplémentaire dans la longue série du recul des acquis sociaux. Avec l'assentiment des votant.e.s, cette modification a permis de taper sur les vieux et les jeunes, ces catégories sociales de la population « encombrantes » pour les premiers et notoirement « fainéantes » pour les seconds. Le forfait « toujours moins de droits » a ainsi conduit à une réduction drastique du délai-cadre d'indemnisation, à une augmentation du délai d'attente pour prétendre au chômage, et à une expulsion particulièrement « élégante » des étudiant.e.s de l'assurance-chômage (délai d'attente augmenté, nombres de jours d'indemnisations réduits), etc.

Il fut particulièrement intéressant d'apprécier la démesure ainsi que l'ineptie de la propagande institutionnelle : une campagne publicitaire nationale au format « mondial » et plusieurs pseudo-débats contradictoires insipides dont la TSR a le secret. La classe politique a insufflé la peur au sein de la population à l'aide d'un discours alarmiste et simplificateur : les «  méchants, jeunes, vieux, étrangers, profiteurs» sont les responsables de l'agonie de l'assurance-chômage. Cette entourloupe habillement fomentée par le gouvernement a fonctionné et c'est sagement que les votant.e.s sont allé.e.s enterrer leurs propres droits.

Une société du droit d'exception

Deuxième acte : la pseudo-démocratie et son initiative populaire au service de la discrimination et du droit d'exception. En acceptant l'initiative « Pour le renvoi des criminels étrangers », le peuple a écouté ses plus bas instincts, mis en exergue par des xénophobes et des politiciens cyniques. Désormais, être étranger sera un crime à part en Suisse. La prison ne suffira plus à punir, il faudra renvoyer celles et ceux qui n'ont pas le passeport à croix blanche. Le message est clair : renvoyer les étrangers criminels n'est pas seulement un acte judiciaire, mais une volonté affirmée d'épurer la société helvétique. C'est toute la population étrangère qui est mise sur la sellette, traitée à part désormais car dans ces montagnes rétrogrades, il est devenu intolérable de ne pas être comme « nous ».

La pertinence du débat sur le catalogue des crimes qui entraîneront un renvoi automatique n'a aucun sens et est dégoutant en soi. Rien n'explique ou n'excuse, le traitement différencié de deux personnes pour une conception aussi absurde que son origine. La nationalité n'est qu'un vulgaire bout de papier, un rite nécessaire aux dominants pour légitimer leur Etat, leur territoire, l'exercice du pouvoir sur les masses populaires.

C'est un fait, cette norme constitutionnelle consacre une politique de la séparation et du droit d'exception, la même conceptuellement que celle qui consacra le « J » sur les passeports des juifs exigé par les autorités suisses dans les années 30, la ségrégation raciale aux Etats-Unis et les lois d'Apartheid en Afrique du Sud. On peut dès lors aisément apprécier toute la valeur de notre « démocratie ».

Bien entendu, nombre de politiciens suisses se sont indignés de ce résultat. Cependant, il n'a pas fallu attendre la fin de l'année 2010 pour voir les partis gouvernementaux lancer à tour de rôle leur proposition « maison » de durcissement du cadre légal de la migration. Le fait consistant de prime abord à pourfendre l'attitude de son pseudo-adversaire, pour mieux par la suite rentrer dans le rang et copier sa recette politicarde, est une tradition politique bien suisse. Tous les partis gouvernementaux se sont ainsi mis au diapason. Quand à une partie de l'extrême-gauche, elle s'est bornée à appeler à la lutte contre le racisme dans une perspective large. Nous disons, que certes il y avait une conception xénophobe dans cette initiative, mais il ne faudrait pas confondre le « levier » avec « l'effet ».

Le levier qui a permis à cette initiative de passer a clairement été actionné à l'aide d'une dialectique xénophobe visant à attribuer à l'étranger tous les maux de notre société. L'effet quant à lui consistait véritablement à occuper l'espace politique dans le jeu des chaises musicales électives de 2011. Une partie des forces qui se sont portées en soutien à cette initiative, sur le plan financier, appartient à la Bourgeoisie de ce pays. Depuis plusieurs années, ces Bourgeois utilisent la xénophobie comme moyen d'accéder à un électorat dans le but stratégique de scinder la société en une multitude de groupes antagonistes. En séparant la population en « étranger » et en « suisse », ils réussissent le tour de force de modifier la perception de la réalité sociale, notamment celle de la précarité et du travail, de l'exploitation par le Capital. Le Capitalisme se fout pas mal de l'origine quand il s'agit d'exploiter. Ainsi, ils assurent à long terme leur main mise sur les moyens de production, l'impossibilité de voir se créer un véritable front de contestations autour des conditions du salariat, du partage de la richesse et des droits des individus. On ne peut pas contester cette initiative et les précédentes du même acabit uniquement sur une base antiraciste. Il faut y adjoindre de manière détaillée, la critique du Capital, du pouvoir étatique et de la société de classes. Nous y reviendrons par la suite.

La volonté de l'UDC est claire. Il ne s'agit pas seulement de séparer en groupes antagonistes la société, mais aussi de redéfinir profondément la nature de l'Etat. Les différentes initiatives et travaux politiques du parti agrarien visent à créer un Etat autoritaire et libéral. L'UDC est le parti d'avant-garde de la Bourgeoisie et veut détruire progressivement tous les espaces publics de contestations. Ce parti vise à entériner dans la société la hiérarchie sociale comme modèle, pour mieux nous exploiter. Ceci ne se met pas en place uniquement à l'encontre des migrant.e.s. L'UDC veut dominer chacun.e des individu.e.s sans distinction. Les migrant.e.s ont servi de laboratoire à leur sinistre politique, maintenant c'est à notre tour. Ceux qui croient que ce sont « eux » qui sont visés, n'ont pas saisis que « eux », c'est « nous » tous.

En finir avec les droits restants : continuer l'œuvre de destruction massive

Après avoir fragilisé les droits individuels liés à la LACI, le Conseil fédéral et les milieux économiques entendent surfer sur leur victoire pour continuer leur funeste travail de fossoyeurs de droits. De plus, ce travail sera largement facilité par l'absence concrète d'un front uni et autonome de contestation.

Ainsi, l'annonce du retrait de 15'000 rentes AI par le département de Didier Burkhalter dans les trois prochaines années constitue une des étapes suivantes dans la réduction des acquis sociaux. Les rentier.ère.s AI sont déjà largement fragilisé.e.s par la pression étatique exercée dans le processus d'obtention de leur rente et la remise en question permanente de celle-ci par le jeu sinistre des expertises, évaluations et observations – il s'agit désormais de finir une fois pour toute le travail. Le choix des premières cibles s'est porté sur les rentes qui ont été obtenues sous le motif d'une maladie somatique ou sans cause organique. Ce choix n'est pas anodin puisque dans une certaine mesure, la douleur chronique ressentie par le rentier.ère ne peut être rattachée à un fait médical observable ou tire son origine de problèmes psychologiques.

Dès lors, il est aisé de considérer que ces rentier.ère.s ne sont pas vraiment malades, ou pas totalement et qu'il faut dès lors les « expulser » directement à la case travail forcé, souffrance, précarité. Dans ce domaine, il ne faut pas oublier non plus les classiques tels que le « simulateur » ou « l'abuseur », catégories dans lesquelles on classe les personnes dont les justifications administratives de retrait des rentes sont insuffisantes – Il est tellement plus simple de les accuser, pour des motifs futiles et au moyen d'une surveillance digne de la Stasi. Les contrôleurs sociaux épient la vie de ces rentier.ère.s jusqu'à trouver une raison quelconque de leur retirer leur droits à l'AI.

Quant aux migrant.e.s, l'UDC a clairement annoncé son désir de poursuivre sur la thématique de l'immigration illégale. La proposition qui semble sortir du lot dans les rangs du parti blochérien est la suivante: tester les migrant.e.s non originaire de l'espace Schengen avant et pendant leur séjour en Suisse sur leurs connaissances linguistiques d'une langue nationale. Évidemment, si ce projet aboutit, il en résultera un mécanisme supplémentaire d'exclusion, une réduction des possibilités déjà maigres de migration légale. En analysant succinctement ce système, on peut arriver à la conclusion que l'accès à l'apprentissage de la langue dépendra en grande partie du niveau social et du pays d'origine du migrant.e.

Les régions précarisées de la planète. où le système d'éducation autant que les ressources économiques sont faibles voire inexistantes, génère une absence de perspectives d'avenir et incite des populations à émigrer. Ceci se conjugue en général avec d'autres problématiques telles que des discriminations religieuses, sexuelles ou ethniques, sans compter sur les nombreux conflits militaires ou civils. Dès lors, comment concevoir qu'un.e migrant.e issue d'une de ces régions puisse acquérir les notions base nécessaires au passage du test linguistique ? On comprend dès lors l'intérêt particulier que peut revêtir une telle pratique pour celles et ceux qui prônent une politique de migration extrêmement restrictive. Encore une fois, ce sera encore une politique de discrimination de classe et d'origine qui sera mise en place puisque les individu.e.s possédant des moyens économiques suffisants pourront entamer des démarches tandis qu'évidemment les personnes précarisés seront exclus de fait.

De plus, ceci n'évitera évidemment pas les migrant.e.s de continuer à venir en Suisse sans titre légal d'établissement ou de séjour. Les canaux de migration sont organisés dans un cadre où les migrant.e.s paient des réseaux criminels et s'endettent lourdement pour venir en Europe. Ces exploiteurs de la misère usent de la menace, notamment à l'encontre des familles des migrant.e.s resté.e.s au pays, pour se faire payer et s'enrichir. Ces réseaux criminels profitent de cette manne et de la nécessité absolue de ces migrant.e.s de se déplacer pour survivre. La précarité des moyens de transports, surtout des bateaux, rend le voyage hautement risqué. Combien de milliers de migrant.e.s gisent aujourd'hui au fond de la mer Méditerranée parce que la politique assassine de Schengen ferme les yeux sur la misère qui entoure l'Europe?

Toute politique migratoire restrictive est inutile et inhumaine. Elle place automatiquement les migrant.e.s dans une position en tenaille entre les réseaux criminels et les politiques migratoires restrictives. C'est le migrant,e, l'individu le plus faible de ce jeu macabre qui paie l'entier de la note. Le Capital ne peut que se réjouir de cette population tout prête à être exploitée. Les migrant.e.s n'ont pas la possibilité ou alors de manière très marginale de contester leur condition précaire d'existence et de faire reconnaître leurs droits. La politique européenne et suisse d'immigration est une industrie de l'asservissement.

Du salariat précaire au néo-esclavagisme

Cette politique d'immigration sert aujourd'hui à fournir des facteurs humains de production serviles aux esclavagistes capitalistes. Même si le statut de salarié.e n'est en soit pas la panacée, il protège encore trop le travailleur.euse. Il est générateur de coûts de production trop élevés. Pour conserver et augmenter ces marges, pour faciliter les nouveaux rapports de production en flux tendu liés aux fluctuations du marché, le Capital doit se dégager une zone de non-droit. Celle-ci lui permet de développer le rapport Capital-Travail sous sa forme le plus barbare : l'asservissement. Les migrant.e.s illégaux et sans-papiers sont l'objet sur lequel se développe cette zone de non-droit. Elles et ils sont le nouveau moyen de production par excellence – sans aucun droit. Ces migrant.e.s sont soumis.e.s au silence et à une servilité totale.

Toutes les forces contestataires se doivent d'établir des liens et de lutte avec ces migrant.e.s pour créer un rapport de force contre le Capital et le néo-esclavagisme. Le Capital ayant trouvé dans les mouvements migratoires, un réservoir d'individus et de travailleur.euse.s exploitables et malléables, les migrant.e.s illégaux et sans-papiers sont à la pointe des victimes de l'exploitation de l'avant-garde capitaliste. La lutte pour leur condition de vie est le combat de toutes et tous les travailleur.euse.s qui ne peuvent accepter que s'exercent une domination pareille sur des êtres humains. En effet, le rêve du Capital est d'exercer cette domination sur l'ensemble du salariat. Se battre pour les migrant.e.s illégaux et sans-papiers, c'est lutter pour des droits fondamentaux pour toutes et tous, mais c'est aussi envoyer un signal clair aux dominants. Nous n'acceptons plus vos paroles mensongères qui tentent de nous diviser. Nous sommes le peuple. Quant il lutte, nous sommes un et indivisible.

Se faire marcher sur la « gueule » ou construire la résistance

Après les quelques points non exhaustifs sur la situation politique actuelle et future, le constat est peu enclin à l'optimisme. La réalité est évidente. Des luttes importantes ont été perdues notamment en terme d'acquis sociaux tels que les assurances sociales. La dégradation du statut des migrant.e.s dans notre société est une illustration de la brutalisation du rapport global entre le Capital et le Salariat. La barbarie est la norme - Elle se diffuse et s'exerce dans des rapports multiples entre Etat, Capital et classes populaires.

Le Capital transformer le Salariat et le travailleur.euse. migrant.e illégal.e et sans-papiers en est la première victime. Le Capital doit s'adapter à la nouvelle réalité des marchés économiques de production des biens et des services. Ce statut n'est pas issu du hasard de l'évolution de la société, mais bien comme le consécration de la « recherche et développement » du Capitalisme en matière d'asservissement du Salariat. Les migrant.e.s illégaux et sans-papiers sont le paradigme du travailleur.euse exploitable sans aucune limite et sans risque.

Ainsi, la contestation politique basé uniquement sur l'antiracisme dans les luttes pour les migrant.e.s pose des problèmes essentiels. Par une volonté de créer un front uni et large par le biais de cette auto-limitation de la contestation, les mouvements uniquement antiracistes réduisent leurs possibles, nivellent leurs luttes et finissent par porter en eux leur propre contradiction : le racisme comme toute acte social, aussi aberrant soit-il, répond à un besoin d'une certaine classe face à une autre classe. Comment dès lors construire une critique radicale sans rechercher à quel besoin le racisme contre les migrant.e.s répond ?

Élections : piège à cons !

Autre difficulté pour l'année 2011, les élections fédérales (et communales dans le canton de Vaud) crée un climat peu propice à générer du débat radical. L'extrême gauche institutionnelle évite les conflits qui pourraient à ses yeux péjorer ses résultats électoraux. Le jeu des alliances électorales lisse le débat politique et réduit forcément les possibles

La participation au pouvoir en place ne connaît aucune perspective favorable. Les acceptions qui consistent à penser cette participation comme une tribune de revendications radicales s'opposent à la réalité des faits. On finit forcément à ce jeu-là, à en accepter les règles, les formes, et la limite politique des revendications - on s'habitue à contester gentiment dans les hémicycles, pas trop bruyamment, à « interpeller » pour mieux se rasseoir par la suite et attendre sagement les votes. La force du système de la concordance de la démocratie helvétique réside dans l'interchangeabilité des acteurs et des partis, principe consacré dans l'idée de « collégialité », euphémisme qui signifie toujours pour la Gauche, abdication. Le but du système et donc de l'Etat étant d'assurer que le Capital puisse continuer à exploiter en paix.

Ainsi, celles et ceux qui nous parlent de révolution un jour et déposent des listes électorales le lendemain devraient méditer sur ceci : « Tu la sens, l'immense tromperie de la vie ? Tu l'entends le rire de celui qui te trompe ? ». Ce rire, c'est celui du Capital qui se moque de cette Gauche extrême, toute à ces « postulats » et à ces « commissions ». L'immense tromperie est évidemment de continuer à convaincre et tenter de convaincre les autres que le changement radical de société reste l'objectif ultime de l'action politique institutionnelle. Dans les faits, chaque élu-e s'accroche à son petit siège. Quel sens politique a tout cela quand on peut s'élever en femme et en homme libre par la lutte et l'action directe populaire ? Celles et ceux qui croient qu'on peut combattre l'Etat de l'intérieur, croient encore aux contes de fées. Cette voie n'est pas la nôtre et nous construisons à distance de l'Etat. Nous ne réformons pas, pas à pas, nous créons de l'émancipation, de la politique de libération.

La révolution n'est pas une utopie absente. Action !

Construire la résistance populaire n'est pas une vaine utopie. Cette construction est difficile, complexe, mais quand on considère comme nous, que ce système capitaliste et bourgeois est inacceptable, on ne s'arrête pas à ce genre de considérations. Notre démarche ne peut prendre forme qu'aux antipodes du cadre exigu que la politique institutionnelle s'impose - ou plutôt que le Capital lui laisse pour continuer à « brouter ». Notre politique est celle de l'action, des mouvements populaires de la base – en somme, celle qui réunit comme seul possible l'ensemble des contestations possibles, sans jamais se délester d'une seule, par économie ou par petit calcul stratégique. Les tentatives consistant à reconnaître le système capitaliste n'est qu'une abdication. Il ne s'agit pas de se contenter de quelques droits pour améliorer son quotidien, il s'agit d'arracher totalement notre liberté pour vivre notre existence comme nous l'entendons. Chaque bribe de liberté que nous prendrons des mains des puissants sera un souffle supplémentaire pour avancer vers l'émancipation. Face aux dominants, tout est bon à prendre

Nous sommes souvent réduit.e.s à une position défensive face au Capital et à ses attaques multiples du peu d'acquis sociaux qui nous restent. Cette résistance est juste et nécessaire, mais elle ne peut pas constituer à elle seule notre démarche. Il nous faut ensemble établir notre propre chemin afin d'atteindre notre but : une société libre, délié du Capital, de la Bourgeoisie et du pouvoir de l'Etat, une société libertaire. Une révolution sociale est nécessaire parce qu'aujourd'hui, on nous tue physiquement et mentalement chaque jour à petit feu pour en engraisser quelques-uns et conforter les privilégiés. C'est notre action inlassable et répétée sur le terrain qui pourra briser les chaînes qui nous oppriment.

Il faut avoir en vu les objectifs intermédiaires, comme les impératifs immédiats de lutte. Nous devons aider et soutenir les migrant.e.s illégaux et sans-papiers qui sont celles et ceux qui sont le plus opprimé.e.s d'entre-nous. Il nous faut nous défaire du paternalisme, du « sexage », et de l'exploitation domestique. Il nous faut nous battre pour le service public, pour une éducation libre et de qualité, pour un système de santé répondant aux besoins et des conditions salariales et humaines des travailleur.euse.s qui le font fonctionner chaque jour pour nous.

Chaque personne peut dans son quotidien poser sa pierre à l'édifice, en rejoignant les mouvements politiques non institutionnels, les syndicats de base, les associations de défense des migrant.e.s, des chômeurs et des bénéficiaires de l'aide sociale, de défense des femmes, de la jeunesse, de tout mouvements quels qu'ils soient qui défendent les plus opprimé.e.s. Chacun.e peut venir participer aux contestations populaires, multiplier les grèves et les manifestations populaires, étendre l'action directe populaire, distribuer des tracts, en écrire, se syndiquer pour défendre ses droits et ceux des autres, créer un site Internet d'informations critiques, faire une banderole, aider son voisin.e, etc. Il n y a pas de limites, seulement celles de l'imagination, pour contester l'ordre établi et marquer notre refus du Capitalisme.

Les luttes exemplaires ne manquent pas en ce début de XXIème siècle. La lutte du CPE en France, les contestations en Grèce contre l'Europe technocrate et les mesures d'austérité, la grève générale en Guadeloupe contre la vie chère, la rébellion du peuple islandais contre le système financier et le gouvernement, la révolution du monde arabe sociale et démocratique. Toutes ces luttes nous inspirent et nous montrent qu'un autre monde est possible. Tout peut changer.

Ensemble, non pas par les partis et les promesses qu'il nous faut et les délégations qu'ils nous demandent, non pas par l'intermédiaire de qui ce soit qui affirme pouvoir parler en notre nom, seulement mais par notre volonté commune. Nous pouvons révolutionner ce vieux monde, mettre fin à l'exploitation et devenir maîtres de nos propres vies. Nous pouvons choisir ce que nous entendons faire de nos mains et de nos têtes pour créer, ce que nous trouvons essentiels et renvoyer aux ordures de l'histoire ce que le Capital, la Bourgeoisie et l'Etat nous ont présenté comme nos désirs, ce qu'ils nous ont imposé comme rôle social. Celles et ceux qui pensent que cette société est « convenable » ou « qu'il y a pire ailleurs » ne saisiront peut-être pas que nous exigeons tout et rien d'autre. Nous n'avons qu'une seule voix qui criera à tue tête : Vive la révolution ! Vive les mouvements populaires et radicaux de libération ! Vive l'Anarchie, le Socialisme et la liberté !

Organisation Socialiste Libertaire

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p 1313719995_6093dcb3cf_oMais où s'arrêtera l'abjecte politique helvétique ? Un groupe de fonctionnaires zélés, sur les bonnes recommandations d'un.e Conseiller,ère fédéral.e anonyme, réfléchit à diverses « idées » pour endiguer l'immigration illégale comme par exemple la dénonciation des enfants sans-papiers par les établissements scolaires. Choquant ? A peine, quand on regarde le wagon d'injustices entérinées ces derniers mois et celles qui n'attendent plus qu'à faire leur sinistre apparition en 2011. Rétrospective et tentative d'analyse succincte de différents événements politiques de 2010 et quelques perspectives pour 2011.

Plus de limites dans l'injustice

Tout ce qui compose l'appareil de domination politique et idéologique de ce pays a perdu définitivement ses derniers complexes « droit-de-l'hommistes » qui n'étaient de toute manière que pure bienséance. Finit les petits ronds de jambe, vive la real politikeffectuéeà coups de discriminations en tout genre et de destruction des droits sociaux primordiaux. Dénoncer des enfants sans-papiers par le biais de leur établissement scolaire et avec le concours des enseignant.e.s est devenu une option à laquelle « on peut réfléchir » dans les salons feutrés de la Berne fédérale. On en a finit avec ces considérations « obsolètes » telles que le droit à l'éducation – chez les dominants, on ne s'arrête plus à ces futilités.

Le contestataire politique ou l'individu incrédule est regardé dubitativement lorsqu'il ose remettre la bonne marche de la nouvelle politique de « dignité » envers les migrant.e.s. Ainsi, Oskar Freysinger expliquait aux ignares éventuels lors du journal télévisé du 9 janvier 2011 que « [...]vivre caché, vivre dans l'inégalité, dans l'angoisse, dans l'incertitude, c'est pas une vie digne, c'est quelque chose qui vous donne des ulcères à l'estomac, des cancers, etc. Moi, je suis pour créer une situation claire pour que les gens puissent vivre une vie digne, soit chez eux, soit chez nous ».

Ainsi à l'UDC, on s'inquiète volontiers des problèmes d'estomac ou de métastases des migrant.e.s. Curieusement, leur renvoi forcé dans des pays et régions du monde entier où règnent les conflits militaires, les guerre civiles, la famine, les discriminations religieuses, sexuelles et ethniques ne semble provoquer à ses yeux aucune atteinte à leur santé physique ou mentale. L'inquiétude est tout aussi limitée quant aux conditions de travail des migrant.e.s sans-papiers, exploité.e.s par des néo-esclavagistes dans les champs de la campagne vaudoise ou dans les bureaux cosy du centre-ville lausannois. Contraint.e.s à des salaires de misère et à des logements insalubres, leur santé et leur bien-être sont accessoires. En définitive, les conditions indignes d'existence des migrant.e.s illégaux et sans-papiers en Suisse, notamment par la délocalisation « sur place » dont ils sont victimes est un moindre mal quand il s'agit de compresser les coûts du travail et d'engraisser encore plus les porcs capitalistes.

L'argumentation purement immonde et sophiste d'Oskar Freysinger et de ses comparses montre à celles et ceux qui n'en étaient pas encore convaincu.e.s, que la langue de bois a cédé sa place à la langue de « merde ». Leur discours sont malodorants et rappellent les effluves d'un complexe d'épuration des eaux usées. Leurs convictions politiques ont trouvé le terrain biologique favorable à leur développement. Mais il ne faudrait pas faire l'erreur de considérer ce parti comme une bande « d'abruti.e.s ». Leur stratégie politique est à point et leur discours fait mouche auprès de la société. Quand d'autres partis se contentent de faire de l'administration et de surfer sur leurs acquis historiques, l'UDC fait de la politique, mobilise ses forces et exerce à merveille son pouvoir d'attraction et de conviction. La « machine » à gagner est bien en marche.

Le Capital, c'est le pouvoir sur les choses. L'Etat, c'est le pouvoir sur les gens. Le Tout, c'est l'horreur de notre quotidien

Ne nous y trompons cependant pas, les autres politiciens institutionnels, ceux qui se prosternent devant le Capital soit l'UBS, Novartis et autres monstres commerciaux et industriels, n'ont rien à envier au pedigree de l'UDC. Tous les gouvernants cantonaux et fédéraux ont leurs lettres de noblesse dans l'art de frapper les plus faibles, de paupériser le peuple, d'améliorer le système d'exploitation que certain.e.s appellent encore par nostalgie ou par endoctrinement « mon pays ». Quel que soit le parti, cela ne change rien en la manière dont ils prêtent allégeances aux lobbys de la chimie, des assurances et des banques. Les politiciens institutionnels constituent, à merveille, cette caste de serviteurs interchangeables et disciplinés, qui pour quelques misérables privilèges assurent la pérennité du système de domination et d'exploitation des classes populaires. Dans ce sens, le millésime 2010 a illustré de manière brutale la mise en œuvre de leur funeste politique : discrimination, asservissement, et réduction des droits sociaux fondamentaux afin de contenter les dominants et leur compte en banque.

Ainsi, l'acceptation en votation populaire de la modification de la loi sur l'assurance-chômage (LACI) ne fut qu'un épisode supplémentaire dans la longue série du recul des acquis sociaux. Avec l'assentiment des votant.e.s, cette modification a permis de taper sur les vieux et les jeunes, ces catégories sociales de la population « encombrantes » pour les premiers et notoirement « fainéantes » pour les seconds. Le forfait « toujours moins de droits » a ainsi conduit à une réduction drastique du délai-cadre d'indemnisation, à une augmentation du délai d'attente pour prétendre au chômage, et à une expulsion particulièrement « élégante » des étudiant.e.s de l'assurance-chômage (délai d'attente augmenté, nombres de jours d'indemnisations réduits), etc.

Il fut particulièrement intéressant d'apprécier la démesure ainsi que l'ineptie de la propagande institutionnelle : une campagne publicitaire nationale au format « mondial » et plusieurs pseudo-débats contradictoires insipides dont la TSR a le secret. La classe politique a insufflé la peur au sein de la population à l'aide d'un discours alarmiste et simplificateur : les «  méchants, jeunes, vieux, étrangers, profiteurs» sont les responsables de l'agonie de l'assurance-chômage. Cette entourloupe habillement fomentée par le gouvernement a fonctionné et c'est sagement que les votant.e.s sont allé.e.s enterrer leurs propres droits.

Une société du droit d'exception

Deuxième acte : la pseudo-démocratie et son initiative populaire au service de la discrimination et du droit d'exception. En acceptant l'initiative « Pour le renvoi des criminels étrangers », le peuple a écouté ses plus bas instincts, mis en exergue par des xénophobes et des politiciens cyniques. Désormais, être étranger sera un crime à part en Suisse. La prison ne suffira plus à punir, il faudra renvoyer celles et ceux qui n'ont pas le passeport à croix blanche. Le message est clair : renvoyer les étrangers criminels n'est pas seulement un acte judiciaire, mais une volonté affirmée d'épurer la société helvétique. C'est toute la population étrangère qui est mise sur la sellette, traitée à part désormais car dans ces montagnes rétrogrades, il est devenu intolérable de ne pas être comme « nous ».

La pertinence du débat sur le catalogue des crimes qui entraîneront un renvoi automatique n'a aucun sens et est dégoutant en soi. Rien n'explique ou n'excuse, le traitement différencié de deux personnes pour une conception aussi absurde que son origine. La nationalité n'est qu'un vulgaire bout de papier, un rite nécessaire aux dominants pour légitimer leur Etat, leur territoire, l'exercice du pouvoir sur les masses populaires.

C'est un fait, cette norme constitutionnelle consacre une politique de la séparation et du droit d'exception, la même conceptuellement que celle qui consacra le « J » sur les passeports des juifs exigé par les autorités suisses dans les années 30, la ségrégation raciale aux Etats-Unis et les lois d'Apartheid en Afrique du Sud. On peut dès lors aisément apprécier toute la valeur de notre « démocratie ».

Bien entendu, nombre de politiciens suisses se sont indignés de ce résultat. Cependant, il n'a pas fallu attendre la fin de l'année 2010 pour voir les partis gouvernementaux lancer à tour de rôle leur proposition « maison » de durcissement du cadre légal de la migration. Le fait consistant de prime abord à pourfendre l'attitude de son pseudo-adversaire, pour mieux par la suite rentrer dans le rang et copier sa recette politicarde, est une tradition politique bien suisse. Tous les partis gouvernementaux se sont ainsi mis au diapason. Quand à une partie de l'extrême-gauche, elle s'est bornée à appeler à la lutte contre le racisme dans une perspective large. Nous disons, que certes il y avait une conception xénophobe dans cette initiative, mais il ne faudrait pas confondre le « levier » avec « l'effet ».

Le levier qui a permis à cette initiative de passer a clairement été actionné à l'aide d'une dialectique xénophobe visant à attribuer à l'étranger tous les maux de notre société. L'effet quant à lui consistait véritablement à occuper l'espace politique dans le jeu des chaises musicales électives de 2011. Une partie des forces qui se sont portées en soutien à cette initiative, sur le plan financier, appartient à la Bourgeoisie de ce pays. Depuis plusieurs années, ces Bourgeois utilisent la xénophobie comme moyen d'accéder à un électorat dans le but stratégique de scinder la société en une multitude de groupes antagonistes. En séparant la population en « étranger » et en « suisse », ils réussissent le tour de force de modifier la perception de la réalité sociale, notamment celle de la précarité et du travail, de l'exploitation par le Capital. Le Capitalisme se fout pas mal de l'origine quand il s'agit d'exploiter. Ainsi, ils assurent à long terme leur main mise sur les moyens de production, l'impossibilité de voir se créer un véritable front de contestations autour des conditions du salariat, du partage de la richesse et des droits des individus. On ne peut pas contester cette initiative et les précédentes du même acabit uniquement sur une base antiraciste. Il faut y adjoindre de manière détaillée, la critique du Capital, du pouvoir étatique et de la société de classes. Nous y reviendrons par la suite.

La volonté de l'UDC est claire. Il ne s'agit pas seulement de séparer en groupes antagonistes la société, mais aussi de redéfinir profondément la nature de l'Etat. Les différentes initiatives et travaux politiques du parti agrarien visent à créer un Etat autoritaire et libéral. L'UDC est le parti d'avant-garde de la Bourgeoisie et veut détruire progressivement tous les espaces publics de contestations. Ce parti vise à entériner dans la société la hiérarchie sociale comme modèle, pour mieux nous exploiter. Ceci ne se met pas en place uniquement à l'encontre des migrant.e.s. L'UDC veut dominer chacun.e des individu.e.s sans distinction. Les migrant.e.s ont servi de laboratoire à leur sinistre politique, maintenant c'est à notre tour. Ceux qui croient que ce sont « eux » qui sont visés, n'ont pas saisis que « eux », c'est « nous » tous.

En finir avec les droits restants : continuer l'œuvre de destruction massive

Après avoir fragilisé les droits individuels liés à la LACI, le Conseil fédéral et les milieux économiques entendent surfer sur leur victoire pour continuer leur funeste travail de fossoyeurs de droits. De plus, ce travail sera largement facilité par l'absence concrète d'un front uni et autonome de contestation.

Ainsi, l'annonce du retrait de 15'000 rentes AI par le département de Didier Burkhalter dans les trois prochaines années constitue une des étapes suivantes dans la réduction des acquis sociaux. Les rentier.ère.s AI sont déjà largement fragilisé.e.s par la pression étatique exercée dans le processus d'obtention de leur rente et la remise en question permanente de celle-ci par le jeu sinistre des expertises, évaluations et observations – il s'agit désormais de finir une fois pour toute le travail. Le choix des premières cibles s'est porté sur les rentes qui ont été obtenues sous le motif d'une maladie somatique ou sans cause organique. Ce choix n'est pas anodin puisque dans une certaine mesure, la douleur chronique ressentie par le rentier.ère ne peut être rattachée à un fait médical observable ou tire son origine de problèmes psychologiques.

Dès lors, il est aisé de considérer que ces rentier.ère.s ne sont pas vraiment malades, ou pas totalement et qu'il faut dès lors les « expulser » directement à la case travail forcé, souffrance, précarité. Dans ce domaine, il ne faut pas oublier non plus les classiques tels que le « simulateur » ou « l'abuseur », catégories dans lesquelles on classe les personnes dont les justifications administratives de retrait des rentes sont insuffisantes – Il est tellement plus simple de les accuser, pour des motifs futiles et au moyen d'une surveillance digne de la Stasi. Les contrôleurs sociaux épient la vie de ces rentier.ère.s jusqu'à trouver une raison quelconque de leur retirer leur droits à l'AI.

Quant aux migrant.e.s, l'UDC a clairement annoncé son désir de poursuivre sur la thématique de l'immigration illégale. La proposition qui semble sortir du lot dans les rangs du parti blochérien est la suivante: tester les migrant.e.s non originaire de l'espace Schengen avant et pendant leur séjour en Suisse sur leurs connaissances linguistiques d'une langue nationale. Évidemment, si ce projet aboutit, il en résultera un mécanisme supplémentaire d'exclusion, une réduction des possibilités déjà maigres de migration légale. En analysant succinctement ce système, on peut arriver à la conclusion que l'accès à l'apprentissage de la langue dépendra en grande partie du niveau social et du pays d'origine du migrant.e.

Les régions précarisées de la planète. où le système d'éducation autant que les ressources économiques sont faibles voire inexistantes, génère une absence de perspectives d'avenir et incite des populations à émigrer. Ceci se conjugue en général avec d'autres problématiques telles que des discriminations religieuses, sexuelles ou ethniques, sans compter sur les nombreux conflits militaires ou civils. Dès lors, comment concevoir qu'un.e migrant.e issue d'une de ces régions puisse acquérir les notions base nécessaires au passage du test linguistique ? On comprend dès lors l'intérêt particulier que peut revêtir une telle pratique pour celles et ceux qui prônent une politique de migration extrêmement restrictive. Encore une fois, ce sera encore une politique de discrimination de classe et d'origine qui sera mise en place puisque les individu.e.s possédant des moyens économiques suffisants pourront entamer des démarches tandis qu'évidemment les personnes précarisés seront exclus de fait.

De plus, ceci n'évitera évidemment pas les migrant.e.s de continuer à venir en Suisse sans titre légal d'établissement ou de séjour. Les canaux de migration sont organisés dans un cadre où les migrant.e.s paient des réseaux criminels et s'endettent lourdement pour venir en Europe. Ces exploiteurs de la misère usent de la menace, notamment à l'encontre des familles des migrant.e.s resté.e.s au pays, pour se faire payer et s'enrichir. Ces réseaux criminels profitent de cette manne et de la nécessité absolue de ces migrant.e.s de se déplacer pour survivre. La précarité des moyens de transports, surtout des bateaux, rend le voyage hautement risqué. Combien de milliers de migrant.e.s gisent aujourd'hui au fond de la mer Méditerranée parce que la politique assassine de Schengen ferme les yeux sur la misère qui entoure l'Europe?

Toute politique migratoire restrictive est inutile et inhumaine. Elle place automatiquement les migrant.e.s dans une position en tenaille entre les réseaux criminels et les politiques migratoires restrictives. C'est le migrant,e, l'individu le plus faible de ce jeu macabre qui paie l'entier de la note. Le Capital ne peut que se réjouir de cette population tout prête à être exploitée. Les migrant.e.s n'ont pas la possibilité ou alors de manière très marginale de contester leur condition précaire d'existence et de faire reconnaître leurs droits. La politique européenne et suisse d'immigration est une industrie de l'asservissement.

Du salariat précaire au néo-esclavagisme

Cette politique d'immigration sert aujourd'hui à fournir des facteurs humains de production serviles aux esclavagistes capitalistes. Même si le statut de salarié.e n'est en soit pas la panacée, il protège encore trop le travailleur.euse. Il est générateur de coûts de production trop élevés. Pour conserver et augmenter ces marges, pour faciliter les nouveaux rapports de production en flux tendu liés aux fluctuations du marché, le Capital doit se dégager une zone de non-droit. Celle-ci lui permet de développer le rapport Capital-Travail sous sa forme le plus barbare : l'asservissement. Les migrant.e.s illégaux et sans-papiers sont l'objet sur lequel se développe cette zone de non-droit. Elles et ils sont le nouveau moyen de production par excellence – sans aucun droit. Ces migrant.e.s sont soumis.e.s au silence et à une servilité totale.

Toutes les forces contestataires se doivent d'établir des liens et de lutte avec ces migrant.e.s pour créer un rapport de force contre le Capital et le néo-esclavagisme. Le Capital ayant trouvé dans les mouvements migratoires, un réservoir d'individus et de travailleur.euse.s exploitables et malléables, les migrant.e.s illégaux et sans-papiers sont à la pointe des victimes de l'exploitation de l'avant-garde capitaliste. La lutte pour leur condition de vie est le combat de toutes et tous les travailleur.euse.s qui ne peuvent accepter que s'exercent une domination pareille sur des êtres humains. En effet, le rêve du Capital est d'exercer cette domination sur l'ensemble du salariat. Se battre pour les migrant.e.s illégaux et sans-papiers, c'est lutter pour des droits fondamentaux pour toutes et tous, mais c'est aussi envoyer un signal clair aux dominants. Nous n'acceptons plus vos paroles mensongères qui tentent de nous diviser. Nous sommes le peuple. Quant il lutte, nous sommes un et indivisible.

Se faire marcher sur la « gueule » ou construire la résistance

Après les quelques points non exhaustifs sur la situation politique actuelle et future, le constat est peu enclin à l'optimisme. La réalité est évidente. Des luttes importantes ont été perdues notamment en terme d'acquis sociaux tels que les assurances sociales. La dégradation du statut des migrant.e.s dans notre société est une illustration de la brutalisation du rapport global entre le Capital et le Salariat. La barbarie est la norme - Elle se diffuse et s'exerce dans des rapports multiples entre Etat, Capital et classes populaires.

Le Capital transformer le Salariat et le travailleur.euse. migrant.e illégal.e et sans-papiers en est la première victime. Le Capital doit s'adapter à la nouvelle réalité des marchés économiques de production des biens et des services. Ce statut n'est pas issu du hasard de l'évolution de la société, mais bien comme le consécration de la « recherche et développement » du Capitalisme en matière d'asservissement du Salariat. Les migrant.e.s illégaux et sans-papiers sont le paradigme du travailleur.euse exploitable sans aucune limite et sans risque.

Ainsi, la contestation politique basé uniquement sur l'antiracisme dans les luttes pour les migrant.e.s pose des problèmes essentiels. Par une volonté de créer un front uni et large par le biais de cette auto-limitation de la contestation, les mouvements uniquement antiracistes réduisent leurs possibles, nivellent leurs luttes et finissent par porter en eux leur propre contradiction : le racisme comme toute acte social, aussi aberrant soit-il, répond à un besoin d'une certaine classe face à une autre classe. Comment dès lors construire une critique radicale sans rechercher à quel besoin le racisme contre les migrant.e.s répond ?

Élections : piège à cons !

Autre difficulté pour l'année 2011, les élections fédérales (et communales dans le canton de Vaud) crée un climat peu propice à générer du débat radical. L'extrême gauche institutionnelle évite les conflits qui pourraient à ses yeux péjorer ses résultats électoraux. Le jeu des alliances électorales lisse le débat politique et réduit forcément les possibles

La participation au pouvoir en place ne connaît aucune perspective favorable. Les acceptions qui consistent à penser cette participation comme une tribune de revendications radicales s'opposent à la réalité des faits. On finit forcément à ce jeu-là, à en accepter les règles, les formes, et la limite politique des revendications - on s'habitue à contester gentiment dans les hémicycles, pas trop bruyamment, à « interpeller » pour mieux se rasseoir par la suite et attendre sagement les votes. La force du système de la concordance de la démocratie helvétique réside dans l'interchangeabilité des acteurs et des partis, principe consacré dans l'idée de « collégialité », euphémisme qui signifie toujours pour la Gauche, abdication. Le but du système et donc de l'Etat étant d'assurer que le Capital puisse continuer à exploiter en paix.

Ainsi, celles et ceux qui nous parlent de révolution un jour et déposent des listes électorales le lendemain devraient méditer sur ceci : « Tu la sens, l'immense tromperie de la vie ? Tu l'entends le rire de celui qui te trompe ? ». Ce rire, c'est celui du Capital qui se moque de cette Gauche extrême, toute à ces « postulats » et à ces « commissions ». L'immense tromperie est évidemment de continuer à convaincre et tenter de convaincre les autres que le changement radical de société reste l'objectif ultime de l'action politique institutionnelle. Dans les faits, chaque élu-e s'accroche à son petit siège. Quel sens politique a tout cela quand on peut s'élever en femme et en homme libre par la lutte et l'action directe populaire ? Celles et ceux qui croient qu'on peut combattre l'Etat de l'intérieur, croient encore aux contes de fées. Cette voie n'est pas la nôtre et nous construisons à distance de l'Etat. Nous ne réformons pas, pas à pas, nous créons de l'émancipation, de la politique de libération.

La révolution n'est pas une utopie absente. Action !

Construire la résistance populaire n'est pas une vaine utopie. Cette construction est difficile, complexe, mais quand on considère comme nous, que ce système capitaliste et bourgeois est inacceptable, on ne s'arrête pas à ce genre de considérations. Notre démarche ne peut prendre forme qu'aux antipodes du cadre exigu que la politique institutionnelle s'impose - ou plutôt que le Capital lui laisse pour continuer à « brouter ». Notre politique est celle de l'action, des mouvements populaires de la base – en somme, celle qui réunit comme seul possible l'ensemble des contestations possibles, sans jamais se délester d'une seule, par économie ou par petit calcul stratégique. Les tentatives consistant à reconnaître le système capitaliste n'est qu'une abdication. Il ne s'agit pas de se contenter de quelques droits pour améliorer son quotidien, il s'agit d'arracher totalement notre liberté pour vivre notre existence comme nous l'entendons. Chaque bribe de liberté que nous prendrons des mains des puissants sera un souffle supplémentaire pour avancer vers l'émancipation. Face aux dominants, tout est bon à prendre

Nous sommes souvent réduit.e.s à une position défensive face au Capital et à ses attaques multiples du peu d'acquis sociaux qui nous restent. Cette résistance est juste et nécessaire, mais elle ne peut pas constituer à elle seule notre démarche. Il nous faut ensemble établir notre propre chemin afin d'atteindre notre but : une société libre, délié du Capital, de la Bourgeoisie et du pouvoir de l'Etat, une société libertaire. Une révolution sociale est nécessaire parce qu'aujourd'hui, on nous tue physiquement et mentalement chaque jour à petit feu pour en engraisser quelques-uns et conforter les privilégiés. C'est notre action inlassable et répétée sur le terrain qui pourra briser les chaînes qui nous oppriment.

Il faut avoir en vu les objectifs intermédiaires, comme les impératifs immédiats de lutte. Nous devons aider et soutenir les migrant.e.s illégaux et sans-papiers qui sont celles et ceux qui sont le plus opprimé.e.s d'entre-nous. Il nous faut nous défaire du paternalisme, du « sexage », et de l'exploitation domestique. Il nous faut nous battre pour le service public, pour une éducation libre et de qualité, pour un système de santé répondant aux besoins et des conditions salariales et humaines des travailleur.euse.s qui le font fonctionner chaque jour pour nous.

Chaque personne peut dans son quotidien poser sa pierre à l'édifice, en rejoignant les mouvements politiques non institutionnels, les syndicats de base, les associations de défense des migrant.e.s, des chômeurs et des bénéficiaires de l'aide sociale, de défense des femmes, de la jeunesse, de tout mouvements quels qu'ils soient qui défendent les plus opprimé.e.s. Chacun.e peut venir participer aux contestations populaires, multiplier les grèves et les manifestations populaires, étendre l'action directe populaire, distribuer des tracts, en écrire, se syndiquer pour défendre ses droits et ceux des autres, créer un site Internet d'informations critiques, faire une banderole, aider son voisin.e, etc. Il n y a pas de limites, seulement celles de l'imagination, pour contester l'ordre établi et marquer notre refus du Capitalisme.

Les luttes exemplaires ne manquent pas en ce début de XXIème siècle. La lutte du CPE en France, les contestations en Grèce contre l'Europe technocrate et les mesures d'austérité, la grève générale en Guadeloupe contre la vie chère, la rébellion du peuple islandais contre le système financier et le gouvernement, la révolution du monde arabe sociale et démocratique. Toutes ces luttes nous inspirent et nous montrent qu'un autre monde est possible. Tout peut changer.

Ensemble, non pas par les partis et les promesses qu'il nous faut et les délégations qu'ils nous demandent, non pas par l'intermédiaire de qui ce soit qui affirme pouvoir parler en notre nom, seulement mais par notre volonté commune. Nous pouvons révolutionner ce vieux monde, mettre fin à l'exploitation et devenir maîtres de nos propres vies. Nous pouvons choisir ce que nous entendons faire de nos mains et de nos têtes pour créer, ce que nous trouvons essentiels et renvoyer aux ordures de l'histoire ce que le Capital, la Bourgeoisie et l'Etat nous ont présenté comme nos désirs, ce qu'ils nous ont imposé comme rôle social. Celles et ceux qui pensent que cette société est « convenable » ou « qu'il y a pire ailleurs » ne saisiront peut-être pas que nous exigeons tout et rien d'autre. Nous n'avons qu'une seule voix qui criera à tue tête : Vive la révolution ! Vive les mouvements populaires et radicaux de libération ! Vive l'Anarchie, le Socialisme et la liberté !

Organisation Socialiste Libertaire