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Appel à ruiner le consentement. 1er mai 2014

Appel à ruiner le consentement. 1er mai 2014

Il y a 2 siècles, le 30 mai 1874, naissait le révolutionnaire russe Michel Bakounine. En ce 1er mai 2014, nous voulons témoigner de sa présence par ce texte qui interroge nos combats. Il est en chacune de nos questions. C’est le plus bel hommage que nous puissions lui rendre.

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Prendre la parole

La première et essentielle question, c’est celle de la résistance. Elle porte avec elle la liberté, l’autodétermination, l’exigence de pouvoir et de droits pour celles et ceux qui sont en bas, le salariat, les classes subalternes, les groupes dominés et opprimés, exploités et aliénés.

Nous vivons dans une société où la possibilité de dire non à celles et ceux qui nous commandent semble presque impossible, saturée de risque et de danger, à tel point que tout suggère qu’il vaut mieux se taire et accepter, se conformer à l’existence qui nous a été assignée.

Ce sentiment de peur, cette difficulté de dire et d’agir le conflit est en réalité un mal de vivre, un manque à gagner de la liberté, de l’autodétermination, de la pensée critique. En un mot, de l’intelligence.

Penser le possible, changer le monde, agir pour ce faire, nous réunir nous fédérer, voilà ce qu’il faut apprendre et pratiquer. Or rien de tout ce qu’il faut pour penser nos aspirations, revendiquer et agir, rien de tout cela ne correspond aux moyens et aux dispositifs institutionnels  qui devraient  garantir et permettre la défense de nos droits. La politique institutionnelle est un théâtre de l’oligarchie, une colonie des puissants, des propriétaires, des dirigeants, des encadrants, des élites.

Les formes dominantes de l’activité politique, syndicale et associative n’excèdent jamais le spectacle d’un dialogue formel, asymétrique, rituel, sans portée et donc, au fond, sans capacité même symbolique de dire au moins la dissidence. Le régime tente en permanence d’interdire la liberté et l’unilatéralité de la parole de celles et ceux d’en bas.

Délier les langues

En réalité, le bloc au pouvoir concentre dans son régime l’immense majorité des forces politiques et des appareils d’encadrement. Tous-tes élaborent et portent une seule et même politique. Celle de la reproduction élargie du pouvoir et de la valorisation illimitée du Capital. Le système fonctionne pour imposer comme seule possibilité de notre histoire les intérêts matériels et symboliques de sa reproduction.

Seule une rupture de point de vue peut fonder une politique populaire, plébéienne. Le salariat et les classes subalternes ont tout d’abord besoin, inauguralement, de refuser le commandement, la décision qui s’impose comme une évidence incontournable. Il faut briser l’impossibilité d’entrer en dissidence.

Nous visons l’émancipation, le désassujetissement, la déliaison d’avec l’appareil de commandement et le pouvoir. Refuser, contester, « dissider », c’est en même temps que l’on fait œuvre de critique, penser et formuler d’autres choses possibles. Lutter c’est imposer une torsion à ce que le pouvoir nous enjoint de reconnaître comme le seul cours possible des choses. Lutter, c’est du coup se séparer du pouvoir séparé, de son jeu de délégation, rompre l’acceptation de l’ordre dominant, déséquilibrer la hiérarchie.

La lutte réalise et porte en avant une puissance, la nôtre. Celle que nous agissons en nous-même, pour et par nous-même quand nous sortons du cercle de la domination et de mensonge où le pouvoir nous assigne une place. Politique de libération, action directe de masse, auto-émancipation, voilà le pari.

Insorgere per risorgere

L’opposition à ce qui est ne peut se jouer sur un terrain que nous ne connaissons que trop bien, celui de l’oligarchie régnante et de la démocratie d’apparence. D’un côté, il y a les activités organisées sur la base du pur commandement, de la contrainte, de la gouvernance blindée. C’est le terrain de l’économie, de l’argent, du profit, de l’expertise, de la science officielle, celui où la démocratie formelle du régime oligarchique que nous vivons ne prétend revendiquer aucune place. Et de cela toutes les forces de la de la gestion, du commandement et de l’encadrement du système l’acceptent et le revendiquent. De l’autre, la délégation politique, enfermée dans des alternances à l’identique, qui ne fait que légitimer de plus en plus pauvrement la force chaque jour plus arrogante du pouvoir séparé. La classe politique tente de nous en faire accroire, chaque jour plus pathétiquement. Elle nous jure que l’Etat, dans toutes ses déclinaisons, est saturé d’une puissance qu’il faut saisir et mettre au service de la justice. Illusion d’optique pour le moins, mensonge délibéré pour l’ordinaire. Faux et usage de faux à chaque tournant de l’histoire. Invocation cynique le l’absence de mémoire. Assignation à l’oubli.

Combattre les décisions, défier le commandement, refuser de nous dire dans le discours qui nous est assignée, c’est du coup ouvrir la possibilité de faire par nous-mêmes l’histoire, de rassembler et de réaliser notre puissance par l’organisation et l’action qui nous sont propres, qui nous séparent du pouvoir, qui du coup nous rendent libres. Ainsi, la lutte est la vérité de notre liberté. L’émancipation n’est pas simplement l’objectif de notre combat. Elle est le combat lui-même qui nous permet de lire le monde en partisans, en reconnaissant qui sont nos amis et qui sont nos ennemis.

Pouvoir populaire

Du coup, ce que nous proposons comme pierre de touche d’une politique de l’émancipation c’est la revendication immédiate, inconditionnelle, de l’égalité sociale. Nous n’acceptons aucune détermination, aucun classement qui hiérarchise les êtres humains et leurs collectivités au nom des appartenances assignées par le pouvoir. Toute appartenance assignée peut sembler contenir quelques avantages, quelques rentes de situations, mais en fait elle est toujours saturée d’une servitude qui nous enferme et qui nous brise.

Et cette égalité non pas consentie institutionnellement mais revendiquée d’emblée ne peut être portée que par la lutte, par la liberté. Egalité sociale et liberté sont en fait une seule est même chose quand ce qui est visé c’est l’émancipation et donc l’autodétermination de ce que nous sommes comme êtres humains et classes subalternes face au commandement, au pouvoir séparé, à l’exploitation. L’égalité sociale c’est d’abord l’égalité de toutes celles et tous ceux qui sont dominé-e-s,exploité-e-s, privé-e-s d’eux/elles-mêmes. C’est aussi l’égalité de leurs histoires, de leurs mémoires, de leurs mouvements dans le temps et dans l’espace, dans le symbole, dans l’imaginaire, dans le déploiement de tous les combats menés et de toutes les utopies combattantes. Ecologie sociale, égalité des genres et des sexes, anti-patriarcat, antiracisme, refus des politiques de séparation et d’apartheid, des clôtures, des enfermements des assignations…

Appel à la Commune

Parmi ces éléments qui nous unissent, qui fédèrent les classes subalternes, il y a en première ligne le travail comme puissance de libération. Certes, le travail est dominé, exploité, aliéné, mais il n’est pas simplement cette chair à exploitation qui ne peut rien attendre ou qui doit, au contraire, espérer l’amélioration de sa condition de l’action de gouvernants qui maîtrisent le monde, accumulent les pouvoir et consentent en ce qu’ils veulent, comme ils le veulent, quand ils le veulent, pour ceux qu’ils veulent, un peu de consolation pour celles et ceux d’en bas. Le travail c’est certes l’encadrement, la souffrance, l’exploitation, la misère, la fatigue, la contrainte qui pèse et l’exigence de la soumission mais c’est tout autant notre gigantesque puissance sociale, le point d’appui pour une organisation dédiée au combat, l’indépendance de ce fait du pouvoir séparé, l’élan vers l’émancipation.

Les revendications, les aspirations et les rêves liés à l’égalité sociale, l’élan de l’émancipation, la liberté théorique et pratique, tout cela nous dit bien qu’il y a un terrain de la démocratie sociale, de l’exigence de libération du salariat. Nous combattons pour plus de salaire et moins de travail. Nous voulons un salaire qui excède par son institution et son statut un revenu pour la simple reproduction de la force de travail pour incarner un droit à l’existence, la conquête d’une partie croissante de la richesse sociale qui nous est due tout entière et que nous prenons, coup par coup, par la lutte. Avancer dans l’imposition d’une distribution toujours plus égalitaire de la richesse sociale, c’est du coup revendiquer la socialisation de tout ce qui en permet la production et préparer sa répartition selon les besoins authentiques de la société humaine. 

Sur cette route, les droits fondamentaux  ne sont pas ce qui nous est présenté comme un attribut de l’individu abstrait, isolé, sériel, comme une qualité de la société bourgeoise, comme une politique mutilée et contrainte dans la vacuité de sa propre et unique proclamation. Ils reprennent leur vieil héritage des révolutions démocratiques et acquièrent la force d’annonce de la révolution sociale à venir. L’égalité sociale et la liberté intègrent non seulement le refus de toute politique de séparation entre les êtres humains, de toutes les déclinaisons de l’apartheid, politique, social, racial, culturel, mais aussi l’exigence générale d’une égalité de droits fondamentaux effectifs de droits pensés, conçus, déclinés et labouré sur le terrain de la vie sociale, dans un perpétuel mouvement de dépassement de l’ordre dominant.

Dans chaque lutte, dans chaque moment d’organisation, construisons, approfondissons, étendons le pouvoir populaire !