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L’hypothèse grecque

Sur les luttes, les alternatives et le dégouvernement

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SYRIZA cherche un chemin pour satisfaire, au moins en partie, aux revendications qui l’ont porté au pouvoir et pour desserrer l’étreinte de la dette sur la Grèce. Cette gauche radicale, désormais «de gouvernement», arrive aux affaires en coalition avec les nationalistes de droite de AN.EL et après une victoire électorale certes significative, mais qui fait de la coalition une force majoritaire du point de vue parlementaire mais minoritaire dans la société.

La victoire de SYRIZA est un événement politique, non seulement pour la Grèce, mais pour l’Europe. Il s’agit d’une avancée importante dans la période que nous traversons. Le positionnement politique d’une fraction importante du salariat et du peuple, fût-il à travers le vote et la politique de délégation, n’est pas rien. Il y a un engagement des classes populaires dans ce processus politique. Ne pas sous-estimer cette expression, ne pas la mépriser est nécessaire. Cela n’enlève rien à la fermeté et à la clarté d’une politique qui opte pour l’autonomie populaire. L’action directe de masse, la prééminence du rapport de force sont premières. La question centrale est de viser toujours le déploiement du contre-pouvoir, de la contre-hégémonie, avec à la clef la construction du pouvoir populaire.

Le vote grec pose des questions. Il ouvre une situation dans laquelle les révolutionnaires doivent intervenir pour enrichir la mobilisation, les perspectives, le rapport de force entre politique de délégation et mobilisation directe, à l’intérieur même du mouvement populaire. C’est toute la question de la stratégie et de son déploiement dans l’action qu’il s’agit de trancher.

Quelques atouts pour SYRIZA

SYRIZA bénéficie de deux éléments centraux. Le premier, c’est la prise de position populaire. Que celle-ci se manifeste, dans l’actuelle conjoncture politique, sur le terrain électoral et donc délégatif est un atout pour le gouvernement et le parti victorieux. Mais la situation bougera sans doute dans la période qui s’ouvre. SYRIZA contrôle pour l’heure une partie décisive du mouvement populaire mais le parti sera immédiatement amené à tenter d’en limiter l’action et demain, peut-être, à la brider et à s’y confronter.

Le second élément, c’est la crise systémique du capitalisme européen dans son actuelle configuration. Ce n’est pas la victoire de SYRIZA qui suscite cette crise ou qui la conditionne dans toute son envergure. Mais les élections grecques ont contribué sans doute à précipiter la situation. Elles vont aiguiser les contradictions.

SYRIZA pourra peut-être compter sur un mouvement de solidarité international significatif, si les choses se tendent fortement. La situation grecque peut susciter une contestation frontale contre l’ensemble de la politique austéritaire des bourgeoisies et des institutions européennes. Cette mobilisation possible est loin de constituer un facteur négligeable.

Sans forte lutte, sans contre-pouvoir, sans opposition forte, le capitalisme et les pouvoirs étatiques ou supra-étatiques dégraderont encore la situation des classes populaires, augmentant l’exploitation, déployant l’autoritarisme social et politique. Il n’y a de limite à cette poussée que celle que peut lui opposer la mobilisation de celles et ceux d’en-bas, du salariat et du peuple.

Il y a une véritable crise du modèle de développement et de commandement du capitalisme européen avec ses systèmes de domination politique et d’hégémonie. Il y a là de puissants facteurs internes qui relèvent de la structure et de la dynamique même du système, tel qu’il s’est constitué dans les dernières décennies. Naturellement, cette crise est aussi le résultat d’une résistance profonde et de longue durée. Les cycles de luttes se confrontent au système, à ses stratégies, à ses politiques générales ou ponctuelles. Il y a des combats ouverts, mais aussi une sorte de dissidence de masse qui s’étend, multiplie les grains de sable dans la machinerie générale du système, bloque ici ou là, rebondit et capilarise la résistance dans toute l’institution sociale. Certes, tout dans cette opposition n’est pas porteur de visées émancipatrices. Il suffit de voir le développement des droites conservatrices ou fascisantes partout en Europe, pour en dresser l’amer constat.

C’est parce qu’il y a un mouvement nouveau de la crise systémique que les contradictions montent au sein des bourgeoisies européennes, dégradant la cohérence du bloc dominant, suggérant des changements dans les politiques menées. Nous traiterons plus loin des évolutions feintes et/ou effectives de fractions de la social-démocratie européennes.

Tsipras, Ulysse ou de la ruse

Naturellement, Tsipras tente de profiter de ces contradictions pour conquérir des marges de manœuvre et repositionner la situation de la Grèce. Car il faut donner toute son importance à la situation de souffrance subie depuis des années par la société grecque. Destruction du tissu économique, saccage social, politiques d’usure et situation de protectorat qui brise le spectacle convenu de la souveraineté nationale, voilà ce qui se passe.

La société grecque a besoin d’améliorations concrètes et rapides. Les gens ont besoin de pouvoir souffler et espérer. Ceci est un élément central car si SYRIZA peut atteindre quelques résultats tangibles, sa position pourrait en être consolidée. Le gouvernement et le parti jouent leur existence et ils le savent.

Le processus en marche ne peut pas être mesuré à l’aune unique d’un certain nombre d’objectifs antisystémiques, anticapitalistes. On doit tenir compte aussi d’avancées possibles dans le desserrement de l’étreinte terrible que subit la société grecque. Et c’est bien ce desserrement qui importe pour les peuples d’Europe, y compris pour des pays qui sont présentés par le discours dominant comme étant dans une situation économique stabilisée, voire favorable. 

En fait, partout en Europe, ce qui est à l’ordre du jour c’est un écrasement de la norme salariale, une précarité sociale sans cesse approfondie, une exigence de soumission chaque jour plus fondamentale pour celles et ceux d’en-bas. La dissidence d’avec le système trouve dans la situation grecque un facteur d’encouragement. 

Une partie de la bourgeoisie européenne s’interroge sur la possibilité de changer, avec plus ou moins de profondeur, la régulation du système. Cette interrogation traverse toutes les fractions du bloc dominant. C’est la déstabilisation systémique, la difficulté à trouver un souffle long de développement et l’affaiblissement des conditions de l’hégémonie qui poussent à considérer la possibilité d’introduire certaines marges de manœuvre, rompant avec les politiques passées. C’est très peu de choses pour le moment, mais cela pourrait monter… Même si pour l’heure ce qui semble s’affirmer c’est une politique d’arrogance et de provocation de la part, en première ligne, de la BCE. Elle est clairement destinée à en faire rabattre au gouvernement Tsipras et à lui infliger une forte défaite politique.

Substituisme et transformisme

Il a été beaucoup dit que SYRIZA est une social-démocratie de substitution qui a occupé le terrain autrefois dévolu au PASOK. Naturellement, c’est faux ou un peu court. Mais ce qui est vrai c’est que la social-démocratie grecque, comme peu ou prou toutes les social-démocraties européennes, a connu une mutation qualitative. La social-démocratie, devenue majoritairement un social-libéralisme, n’assure plus une fonction de défense des acquis et de conservation des compromis sociaux, politiques et institutionnels, comme par le passé. Même si cette défense était contradictoire, partielle, et très fortement limitée. Elle devient directement un appareil de gestion capitaliste et étatique, une force de commandement du système qui s’occupe, entre autres choses, de l’encadrement des classes populaires. En ce sens, il ne suffit pas de dire que la social-démocratie se délie de son ancienne base sociale. Elle a changé fondamentalement de fonction et de nature, même si une partie des courants qui la composent tente de résister mollement à cette transformation décisive.

Du coup, il y a bel et bien d’un côté liquidation du réformisme classique et de l’autre, tentative de recomposition d’un réformisme effectif, à gauche de la social-démocratie.

Beaucoup de ministres dans cet espace

C’est cet espace qu’occupe SYRIZA, que tente de prendre Podemos, le Front de Gauche, Die Linke, et tant d’autres groupements. Personne ne sait, au fond, s’il est possible de recomposer à l’échelle européenne un nouveau compromis social, politique et institutionnel, un nouvel imaginaire, de nouvelles configurations de l’hégémonie. Ce réformisme est d’une extrême fragilité. Sa nature étatiste et institutionnelle le pousse vers les appareils de pouvoir. Il cherche à proposer des objectifs et des démarches compatibles avec la reproduction du système. Ces forces sont sans cesse tentées par des alliances avec le social-libéralisme, comme nous le voyons en Thuringe, où Die Linke gouverne avec le SPD et les Verts, en Andalousie jusqu’il y a peu avec Izquierda Unida ou en France avec la politique du PCF.

Or, la Grèce, avec la prime parlementaire à la majorité relative, induit une situation favorable. Les coalitions avec la social-démocratie, les écologistes ou d’autres forces, s’imposeront ailleurs en Europe. Les formations réformistes font de l’accès au gouvernement et de l’intégration aux dispositifs étatiques la clé d’une transformation sociale limitée.

Il y a donc bien tension entre trois éléments :

La nécessité pour les majorités sociales de sortir de la situation de saccage, d’asservissement et d’exploitation accrus, avec le besoin d’obtenir des changements, y compris dans le cadre d’un compromis «historique» nouveau avec les classes dominantes. 

L’existence de forces politiques, réformistes, qui peuvent se construire, sur la base de cette demande de changement, en la contenant dans une politique de délégation et dans un projet acceptable pour les classes dominantes. 

La possibilité de la construction d’une autonomie populaire, d’une mobilisation de celles et de ceux d’en-bas qui refusent les limites que le système entend lui imposer, y compris celles d’un nouveau compromis « historique », entre bloc dominant et réformisme.

Nouvelle donne, quelles cartes ?

En Grèce, SYRIZA se situe incontestablement à l’avant-garde de cette hypothèse. Cette force politique bénéficie sans aucun doute de la liquidation de fait du social-libéralisme exacerbé que représente le PASOK et du réalignement au sein de SYRIZA de fractions décisives de l’appareil social-démocrate.

Tsipras a besoin d’avancer et de réaliser, partiellement au moins, ses objectifs pour maintenir le mouvement populaire sous contrôle. Il s’agit d’imposer un statut subalterne de la mobilisation, une prééminence du gouvernement et des élites politiques de la gauche au pouvoir.

Cependant, c’est cette obligation historique de résultats, même limités, qui différencie SYRIZA de la social-démocratie classique. Il y a là une rupture qui contraste avec la faiblesse politique et l’opportunisme d’un certain nombre de forces de l’extrême-gauche institutionnelle, prêtes à tous les renoncements pour parvenir au gouvernement, fût-ce aux ordres et à la botte des partis socialistes et des majorités social-libérales.

Rien toutefois ne permet d’indiquer qu’il y ait aujourd’hui une stabilisation possible du système, une solution même partielle de sa crise dans le sens d’un compromis socio-politique nouveau. De nombreux possibles, y compris les pires, sont ouverts. Mais parmi ces possibles qui affleurent, il y a aussi celui porté par le mouvement populaire. Dans ses formes et ses cultures multiples, il cherche une certaine autonomie face à la politique institutionnelle, et au compromis social, donc face aux changements ordonnés et organisés depuis les structures de pouvoir étatique.

Le mouvement s’invente et se réinvente

Le mouvement populaire est pluriel, éclaté, traversé de contradictions importantes. La pratique électorale, l’action politique délégative en constituent un élément important qu’il faut, disons-le clairement, subvertir et dépasser. Mais il est indispensable de comprendre le mouvement populaire dans toute sa richesse, de prendre en compte la multitude de résistances, d’utopies concrètes, de constructions, de dissidences, de réflexions et d’aspirations qui le situent aujourd’hui en antagonisme avec le système. D’ores et déjà, le mouvement populaire esquisse des éléments d’alternative, au-delà et indépendamment des formes, des projets et des démarches que porte le projet de réformisme nouveau. En d’autres termes, par son histoire, par son expérience, par ses revendications, par ses désirs, par ses aspirations et sans doute par ses rêves, le mouvement populaire va au-delà des tentatives de changement limité de l’ordre des choses.

En Grèce, il y a le mouvement gouvernemental et sa stratégie et il y a tout ce qui excède le cadre gouvernemental et étatiste, donc le projet de SYRIZA. Il y a une histoire, une mémoire et un tissu politico-social du mouvement populaire. Des grèves générales aux tentatives autogestionnaires et coopératives, nous avons là un mouvement qui a subi des enlisements mais aussi qui a été et sera porteur de luttes décisives. Il y a un mouvement qui dépasse infiniment l’expression électorale ponctuelle, qui est capable d’inventer et de se réinventer.

Toutefois, la situation grecque est extraordinairement complexe. Les tentatives de dresser, face au saccage social et à la barbarisation, des alternatives en acte sont certes précieuses et indispensables. Mais il faut reconnaître deux ou trois choses qui feront problème partout, bien au-delà de la Grèce. Tout d’abord, il faut rappeler l’extraordinaire capacité de résistance du prolétariat et du peuple grecs. C’est elle qui a obligé les bourgeoisies européennes et la Troïka à reconsidérer l’envergure et la profondeur de leurs projets initiaux. C’est elle qui a réussi à mettre des bornes à la cruauté sociale et au cynisme du bloc dominant. Mais elle n’a pas pu, dans ces cinq dernières années, infliger une défaite ouverte au pouvoir et au système.

Les tentatives autogestionnaires, même coordonnées et fédérées, ne suffisent pas. Le mouvement des luttes doit prendre en compte la totalité des revendications, la déclinaison entière des demandes et des aspirations de celles et ceux d’en-bas, y compris les demandes d’amélioration immédiate, de changements limités et de transformations plus générales. C’est la condition incontournable pour se redéployer et avancer. En d’autres termes, le mouvement populaire a besoin de se confronter à la politique gouvernementale et aux mesures qu’elle va adopter. Il doit conquérir son indépendance de conception et d’action, d’organisation et de stratégie face au pouvoir politique. Cela signifie qu’il doit être capable d’exercer une pression permanente, de revendiquer mais aussi de proposer.

Il peut y avoir des convergences ponctuelles entre l’action du gouvernement et le mouvement populaire, mais celui-ci ne peut, sous peine de dessèchement, voire de liquidation, perdre son indépendance pour déterminer ses objectifs et décider de ses formes d’action et d’organisation.

À distance de l’État, au cœur des luttes

Cette question est la question-clé qui permet de déterminer ce qu’est une politique effective révolutionnaire ou de transformation sociale et ce qui ne l’est pas. Contrairement à ce que l’on nous explique ici ou là, il ne s’agit pas pour le mouvement populaire d’accompagner, de faire pression, voire de suppléer au gouvernement. Ces formulations sont ambiguës et couvrent de fait la conception d’une centralité de la politique institutionnelle contre la politique populaire.

Le mouvement populaire doit, en Grèce comme ailleurs, se construire à distance de l’État et dans l’élan de ses luttes. Ses propositions, ses conceptions, ses modes d’action doivent être portés par la construction systématique d’une puissance propre, d’une autodétermination totale. C’est cela précisément la politique de libération, la politique d’action directe de masse. Il ne s’agit pas de suppléer au gouvernement, mais de construire le pouvoir populaire qui est, dans sa conception, dans sa pratique, dans ses aspirations, fondamentalement différent de la logique de gouvernement et du fétichisme étatiste.

Pour cela, comme nous l’avons dit, le mouvement en Grèce dispose déjà d’un riche trésor d’expériences, d’éléments d’organisation, de pensée et d’aspirations. Il s’agit en gros de fédérer les éléments d’auto-organisation, l’arme de la grève et de la manifestation avec la construction ici et maintenant de tout ce qu’on peut d’autogestion. Et ceci pour avancer.

Clairement, il faut assumer les convergences possibles, prévisibles avec l’action gouvernementale et le courant d’opinion lié à SYRIZA, mais en même temps il faut assurer la confrontation avec la politique institutionnelle, dans sa démarche et dans ses limites. Si tout cela est, naturellement, urgent en Grèce, cela est incontournable dans toute l’Europe. Notamment là où le nouveau réformisme tente à la fois de prendre la tête de la résistance populaire et de la ramener à la compatibilité avec le système. 

Il y a une tentative capitaliste, étatique et supra-étatique, de construire un pouvoir illimité du bloc dominant. Contre cette tentative se dresse un mouvement qui veut changer fondamentalement la société. Des aspirations, autrement plus radicales qu’un compromis historique nouveau, tentent de s’ouvrir un chemin. Cela, nous le voyons tout au long des luttes qui émergent et se diffusent partout sur le continent. Naturellement, elles sont éparpillées, divisées, et donc de ce fait stratégiquement faibles souvent. Mais elles contiennent tous les éléments qui, fédérés, peuvent permettre de construire un projet nouveau de transformation sociale et de réussir des convergences de plus en plus fortes des organisations et des pratiques de lutte.

Entre l’urne et le front, choisissons de faire front

Le front anticapitaliste est sans doute la forme la plus élémentaire de ce mouvement vers l’avant. Il est indispensable d’arriver à construire des alliances de toutes les forces qui, d’une manière ou d’une autre, portent des besoins, des aspirations et des revendications populaires. Dans toutes les situations, à quelque niveau que ce soit. Pour aller en ce sens, et c’est aussi le cas en Grèce, il faut prendre en compte l’évolution possible de certains courants militants. Il y a des collectifs et des agrégations qui s’éloignent progressivement ou qui rompent plus franchement avec les conceptions délégationnistes et autoritaires. Ce repositionnement radical ne s’opérera pas de manière linéaire, ni simplement cumulative. Il demande que la gauche libertaire et autogestionnaire, dans son sens le plus large, soit capable de maintenir systématiquement la bataille et le débat politique d’un côté, la recherche de convergences, d’avancées, et d’unité de l’autre. Mais surtout, il ne s’agit pas de s’adresser simplement à celles et ceux qui sont déjà politiquement organisé-e-s de manière formelle mais bien de chercher l’échange et l’unité d’action avec toutes celles et tous ceux qui luttent, qui construisent le tissu social populaire, qui bâtissent de la communauté, de l’organisation, de l’émancipation.

En particulier, il faut insister sur l’importance du syndicalisme de base et alternatif ainsi que sur les courants de syndicalisme de classe indépendants des appareils bureaucratiques qui sont présents partout en Europe. Le syndicalisme de base et de classe est bel et bien porteur d’une pratique et d’une conception de la politique. Nous le disons clairement, il n’y a pas de hiérarchie ou de privilège de quelque forme d’organisation populaire que ce soit sur une autre. Le social est politique et le politique est social.

Pour qualifier ce processus de travail politique, il faut dire et redire, réaffirmer sans cesse, qu’il n’a de sens qu’au service de la construction d’un mouvement populaire indépendant, capable d’incarner la démocratie de mouvement, le changement social dès ici et maintenant, l’accumulation d’émancipations vers la conquête de l’émancipation et de la libération.

C’est bien de faire la gauche qu’il s’agit

C’est pourquoi quand d’aucun-e-s proposent pour fonder une gauche conséquente et nouvelle, de se centrer sur un triple objectif de démocratie, de pluralisme et d’émancipation, nous répondons qu’il faut oser le pari. Et en prendre la mesure. Il faut de grandes révolutions culturelles au sein des gauches qui se sont voulues et se veulent révolutionnaires. En ce sens, le premier pas est d’élargir la proposition «démocratie-pluralisme-émancipation» en commun-démocratie de base-pluralisme-droit à l’expérimentation-émancipation. Il y a prééminence de l’auto-organisation et de l’indépendance du mouvement populaire, accumulation de pouvoir populaire, en deux mots. Un projet socialiste, fédéraliste et autogestionnaire, donc et à notre sens, évidemment libertaire, celui où chacun-e peut apporter ses mots pour peu que l’unité profonde en soit progressivement conquise.

Reprenez Staline et Lénine, laissez-nous Rosa Luxembourg et Bakounine

Il y a, dans la situation grecque, l’importance du KKE, le parti communiste et de son front syndical, le PAME. En Grèce, contrairement à la plupart des  pays européens, sauf le Portugal, nous avons un courant post-stalinien. Par sa capacité d’organisation et d’action, par son ancrage culturel, le KKE peut tenter de prendre la direction d’une montée des revendications et des luttes populaires, excédant et contestant les limites et les démarches de l’action du gouvernement et de SYRIZA. Dans une situation fragile, une telle intervention peut mener à un développement important, voire décisif, d’un courant de type autoritaire et étatiste. Le «radicalisme» du KKE correspond à une conception politico-culturelle qui doit être combattue, fondamentalement. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de convergences possibles, ponctuelles, dans l’action et la revendication. Mais dans chaque lutte, tactiquement, stratégiquement, politiquement, du point de vue aussi des significations centrales, la contradiction avec ce stalinisme tardif est première et décisive. De surcroît, il importe de rappeler que la position d’hostilité ouverte du KKE face à SYRIZA ne garantit aucunement que cette formation opère des tournants droitiers et opportunistes.

Provisoires

Ce n’est pas le temps de la révolution ni même de l’événement qui sont aujourd’hui en jeu pour la Grèce, c’est le temps de l’accumulation politique, de la construction de la puissance populaire, indépendante, face à quelque centre de pouvoir que ce soit.

Il faut refuser le sectarisme. Il ne s’agit pas de déborder à gauche le gouvernement pour lui substituer, à marche forcée, un autre gouvernement plus conséquent, plus radical, plus décidé. Il ne s’agit pas non plus d’opposer de manière schématique et appauvrissante une exigence révolutionnaire désincarnée à une action gouvernementale limitée et insuffisamment tranchée. Il y a bien la nécessité incontournable de la construction d’un pôle révolutionnaire, mais celui-ci est d’abord un pôle des luttes, des besoins et des aspirations. Il est en même temps un processus de travail politique qui construit et qui ancre les conceptions, les élaborations, la bataille stratégique et tout autant culturelle.

Il faut au plus vite faire monter un mouvement qui affirme la solidarité avec le peuple grec et ses besoins, et, davantage encore, la communauté de destin avec lui dans la lutte contre un système qui nous exploite, nous domine et nous opprime toutes et tous.

Nous n’avons peut-être pas beaucoup de temps, mais il n’y a pas de saut qualitatif miraculeux, de mutation brusque, d’irruption définitive. 

Nous espérons que la Grèce nous donnera, pour référence et pour exemple, des événements extraordinaires, mais nous savons que tout événement doit être projeté pour en tirer toute la richesse dans un processus de travail politique de longue haleine. Ancrer l’événement dans la longue durée de la lutte, enrichir la poussée de notre combat par des événements qui sont autant de créations et donc d’avancées qualitatives, d’innovations, voilà donc le défi à la tête duquel se tient l’hypothèse grecque.

Organisation Socialiste Libertaire - Lausanne - Février 2015

 

 

 

Appel à ruiner le consentement. 1er mai 2014

Appel à ruiner le consentement. 1er mai 2014

Il y a 2 siècles, le 30 mai 1874, naissait le révolutionnaire russe Michel Bakounine. En ce 1er mai 2014, nous voulons témoigner de sa présence par ce texte qui interroge nos combats. Il est en chacune de nos questions. C’est le plus bel hommage que nous puissions lui rendre.

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Prendre la parole

La première et essentielle question, c’est celle de la résistance. Elle porte avec elle la liberté, l’autodétermination, l’exigence de pouvoir et de droits pour celles et ceux qui sont en bas, le salariat, les classes subalternes, les groupes dominés et opprimés, exploités et aliénés.

Nous vivons dans une société où la possibilité de dire non à celles et ceux qui nous commandent semble presque impossible, saturée de risque et de danger, à tel point que tout suggère qu’il vaut mieux se taire et accepter, se conformer à l’existence qui nous a été assignée.

Ce sentiment de peur, cette difficulté de dire et d’agir le conflit est en réalité un mal de vivre, un manque à gagner de la liberté, de l’autodétermination, de la pensée critique. En un mot, de l’intelligence.

Penser le possible, changer le monde, agir pour ce faire, nous réunir nous fédérer, voilà ce qu’il faut apprendre et pratiquer. Or rien de tout ce qu’il faut pour penser nos aspirations, revendiquer et agir, rien de tout cela ne correspond aux moyens et aux dispositifs institutionnels  qui devraient  garantir et permettre la défense de nos droits. La politique institutionnelle est un théâtre de l’oligarchie, une colonie des puissants, des propriétaires, des dirigeants, des encadrants, des élites.

Les formes dominantes de l’activité politique, syndicale et associative n’excèdent jamais le spectacle d’un dialogue formel, asymétrique, rituel, sans portée et donc, au fond, sans capacité même symbolique de dire au moins la dissidence. Le régime tente en permanence d’interdire la liberté et l’unilatéralité de la parole de celles et ceux d’en bas.

Délier les langues

En réalité, le bloc au pouvoir concentre dans son régime l’immense majorité des forces politiques et des appareils d’encadrement. Tous-tes élaborent et portent une seule et même politique. Celle de la reproduction élargie du pouvoir et de la valorisation illimitée du Capital. Le système fonctionne pour imposer comme seule possibilité de notre histoire les intérêts matériels et symboliques de sa reproduction.

Seule une rupture de point de vue peut fonder une politique populaire, plébéienne. Le salariat et les classes subalternes ont tout d’abord besoin, inauguralement, de refuser le commandement, la décision qui s’impose comme une évidence incontournable. Il faut briser l’impossibilité d’entrer en dissidence.

Nous visons l’émancipation, le désassujetissement, la déliaison d’avec l’appareil de commandement et le pouvoir. Refuser, contester, « dissider », c’est en même temps que l’on fait œuvre de critique, penser et formuler d’autres choses possibles. Lutter c’est imposer une torsion à ce que le pouvoir nous enjoint de reconnaître comme le seul cours possible des choses. Lutter, c’est du coup se séparer du pouvoir séparé, de son jeu de délégation, rompre l’acceptation de l’ordre dominant, déséquilibrer la hiérarchie.

La lutte réalise et porte en avant une puissance, la nôtre. Celle que nous agissons en nous-même, pour et par nous-même quand nous sortons du cercle de la domination et de mensonge où le pouvoir nous assigne une place. Politique de libération, action directe de masse, auto-émancipation, voilà le pari.

Insorgere per risorgere

L’opposition à ce qui est ne peut se jouer sur un terrain que nous ne connaissons que trop bien, celui de l’oligarchie régnante et de la démocratie d’apparence. D’un côté, il y a les activités organisées sur la base du pur commandement, de la contrainte, de la gouvernance blindée. C’est le terrain de l’économie, de l’argent, du profit, de l’expertise, de la science officielle, celui où la démocratie formelle du régime oligarchique que nous vivons ne prétend revendiquer aucune place. Et de cela toutes les forces de la de la gestion, du commandement et de l’encadrement du système l’acceptent et le revendiquent. De l’autre, la délégation politique, enfermée dans des alternances à l’identique, qui ne fait que légitimer de plus en plus pauvrement la force chaque jour plus arrogante du pouvoir séparé. La classe politique tente de nous en faire accroire, chaque jour plus pathétiquement. Elle nous jure que l’Etat, dans toutes ses déclinaisons, est saturé d’une puissance qu’il faut saisir et mettre au service de la justice. Illusion d’optique pour le moins, mensonge délibéré pour l’ordinaire. Faux et usage de faux à chaque tournant de l’histoire. Invocation cynique le l’absence de mémoire. Assignation à l’oubli.

Combattre les décisions, défier le commandement, refuser de nous dire dans le discours qui nous est assignée, c’est du coup ouvrir la possibilité de faire par nous-mêmes l’histoire, de rassembler et de réaliser notre puissance par l’organisation et l’action qui nous sont propres, qui nous séparent du pouvoir, qui du coup nous rendent libres. Ainsi, la lutte est la vérité de notre liberté. L’émancipation n’est pas simplement l’objectif de notre combat. Elle est le combat lui-même qui nous permet de lire le monde en partisans, en reconnaissant qui sont nos amis et qui sont nos ennemis.

Pouvoir populaire

Du coup, ce que nous proposons comme pierre de touche d’une politique de l’émancipation c’est la revendication immédiate, inconditionnelle, de l’égalité sociale. Nous n’acceptons aucune détermination, aucun classement qui hiérarchise les êtres humains et leurs collectivités au nom des appartenances assignées par le pouvoir. Toute appartenance assignée peut sembler contenir quelques avantages, quelques rentes de situations, mais en fait elle est toujours saturée d’une servitude qui nous enferme et qui nous brise.

Et cette égalité non pas consentie institutionnellement mais revendiquée d’emblée ne peut être portée que par la lutte, par la liberté. Egalité sociale et liberté sont en fait une seule est même chose quand ce qui est visé c’est l’émancipation et donc l’autodétermination de ce que nous sommes comme êtres humains et classes subalternes face au commandement, au pouvoir séparé, à l’exploitation. L’égalité sociale c’est d’abord l’égalité de toutes celles et tous ceux qui sont dominé-e-s,exploité-e-s, privé-e-s d’eux/elles-mêmes. C’est aussi l’égalité de leurs histoires, de leurs mémoires, de leurs mouvements dans le temps et dans l’espace, dans le symbole, dans l’imaginaire, dans le déploiement de tous les combats menés et de toutes les utopies combattantes. Ecologie sociale, égalité des genres et des sexes, anti-patriarcat, antiracisme, refus des politiques de séparation et d’apartheid, des clôtures, des enfermements des assignations…

Appel à la Commune

Parmi ces éléments qui nous unissent, qui fédèrent les classes subalternes, il y a en première ligne le travail comme puissance de libération. Certes, le travail est dominé, exploité, aliéné, mais il n’est pas simplement cette chair à exploitation qui ne peut rien attendre ou qui doit, au contraire, espérer l’amélioration de sa condition de l’action de gouvernants qui maîtrisent le monde, accumulent les pouvoir et consentent en ce qu’ils veulent, comme ils le veulent, quand ils le veulent, pour ceux qu’ils veulent, un peu de consolation pour celles et ceux d’en bas. Le travail c’est certes l’encadrement, la souffrance, l’exploitation, la misère, la fatigue, la contrainte qui pèse et l’exigence de la soumission mais c’est tout autant notre gigantesque puissance sociale, le point d’appui pour une organisation dédiée au combat, l’indépendance de ce fait du pouvoir séparé, l’élan vers l’émancipation.

Les revendications, les aspirations et les rêves liés à l’égalité sociale, l’élan de l’émancipation, la liberté théorique et pratique, tout cela nous dit bien qu’il y a un terrain de la démocratie sociale, de l’exigence de libération du salariat. Nous combattons pour plus de salaire et moins de travail. Nous voulons un salaire qui excède par son institution et son statut un revenu pour la simple reproduction de la force de travail pour incarner un droit à l’existence, la conquête d’une partie croissante de la richesse sociale qui nous est due tout entière et que nous prenons, coup par coup, par la lutte. Avancer dans l’imposition d’une distribution toujours plus égalitaire de la richesse sociale, c’est du coup revendiquer la socialisation de tout ce qui en permet la production et préparer sa répartition selon les besoins authentiques de la société humaine. 

Sur cette route, les droits fondamentaux  ne sont pas ce qui nous est présenté comme un attribut de l’individu abstrait, isolé, sériel, comme une qualité de la société bourgeoise, comme une politique mutilée et contrainte dans la vacuité de sa propre et unique proclamation. Ils reprennent leur vieil héritage des révolutions démocratiques et acquièrent la force d’annonce de la révolution sociale à venir. L’égalité sociale et la liberté intègrent non seulement le refus de toute politique de séparation entre les êtres humains, de toutes les déclinaisons de l’apartheid, politique, social, racial, culturel, mais aussi l’exigence générale d’une égalité de droits fondamentaux effectifs de droits pensés, conçus, déclinés et labouré sur le terrain de la vie sociale, dans un perpétuel mouvement de dépassement de l’ordre dominant.

Dans chaque lutte, dans chaque moment d’organisation, construisons, approfondissons, étendons le pouvoir populaire !

Poussons en avant les luttes étudiantes

Poussons en avant les luttes étudiantes
Faisons converger nos combats


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Depuis quelques mois, se construit un petit cycle de lutte de la jeunesse, en Suisse et plus fortement en Suisse romande.Citons la mobilisation sur les bourses d’étude dans le canton de Vaud, et celle en Valais, les expériences à Neuchâtel autour de l’ACAP, celle à Fribourg contre la loi universitaire. Il y a encore, à Genève, la manifestation sur Erasmus et sur la situation des étudiant-e-s étrangers/ères. Sans oublier la lutte sur les taxes dans les HES. D’autres expériences significatives se déroulent en Suisse allemande, en particulier à Bâle ou à Zürich ainsi que les tentatives de mobilisation dans les EPF à propos de l’augmentation des taxes d’études.

Ce cycle de lutte a des caractéristiques nouvelles par rapport à la dernière expérience de mobilisation étudiante en Suisse, celle de 2009 contre les accords de Bologne. Cette dernière a été marquée par la très grande difficulté à passer de l’université à l’espace public et par la difficile construction du rapport de force. Cette mobilisation est demeurée très limitée.
Les luttes d’aujourd’hui, bien que limitées face à une forte offensive contre l’enseignement supérieur et les conditions d’études, démontrent une volonté d’agir avec indépendance vis-à-vis des organisations officielles, de concertation et d’encadrement des étudiant-e-s, largement conquises par la social-démocratie.

Faire converger les luttes

Lors des événements récents, une collaboration intercantonale entre diverses organisations et collectifs, politiques, sociaux et syndicaux, a commencé à se construire. Il s’agit de la manifestation sur les bourses à Lausanne, mais aussi de celle de Fribourg du 25 mars 2014. Nous avons aussi le réseau resacte. Une nouvelle expérience est en cours suite à l’assemblée de mobilisation du jeudi 20 mars 2014 appelée par des collectifs de plusieurs cantons.

L’unité d’action commence sur des thèmes précis. Il faut envisager la construction d’une plateforme commune des luttes de la jeunesse, aussi vite que possible. C’est une nécessité que nous impose la violence et la cohérence, à l’échelle nationale et européenne, des politiques auxquelles nous faisons face. Le niveau général de la confrontation reste faible malgré une poussée réjouissante. Il y a urgence à rompre avec la politique d’encadrement des organisations étudiantes officielles. Il nous semble nécessaire de débattre de formes stables de coordination et d’action commune. Il faut en faire un objectif. Ce type de construction n’engendre pas forcemment une forme d’organisation stabilisée mais peut revetir de convergeances, de fédérations de lutte et d’objectif.

Limites et besoins

Les luttes étudiantes font face à des limites qui ne leur sont pas exclusives. Il y a la difficulté à mobiliser qui implique pour chaque processus de lutte un certain volontarisme de la part des organisations et des militant-e-s impliqué-e-s. Il y a aussi  la détermination du pouvoir, qui implique, pour le faire reculer, même de quelques pas, que nous déployons un niveau de lutte qui n’est pas impossible à atteindre mais qui n’est pas réalisé pour l’instant.

Toutefois, comme nous le montre, par exemple, l’expérience syndicale de SUD Étudiant-e-s et Précaires, la construction d’organisations de base autogestionnaires, en rupture avec l’UNES est possible. On peut affronter même modestement, le pouvoir sur le terrain de l’action directe de masse et de l’indépendance syndicale. Il y a là un espace politique, social et syndical à conquérir. Cet espace répond à un besoin. L’existence d’organisations de lutte indépendantes permet d’impulser efficacement des processus de mobilisation, d’assurer un suivi et de prendre en charge la défense, y compris individuelle, des étudiant-e-s, dans les conflits qui les opposent aux institutions de formation, à la politique sociale et de bourse, et à leurs employeurs. En effet, nous ne pouvons oublier la condition majoritaire d’étudiant-salarié de la plus part d’entre nous. Organisation, mobilisation et lutte doivent confluer dans la construction d’un contre-pouvoir étudiant.

Accélération des politiques austéritaires et autoritaires.

La victoire de l’initiative de l’UDC, le 9 février 2014, configure une accélération générale des politiques austéritaires et autoritaires. Les classes privilégiées développent une expropriation du salariat et des classes populaires, avec une répartition de plus en plus inégalitaire des richesses. Les attaques contre les droits démocratiques et fondamentaux se multiplient et franchissent des seuils qualitatifs. Nous nous heurtons à la construction d’une politique systématique de type discriminatoire, revitalisant des dominations archaïques (par ex. les femmes, les discriminations de peuple et de race.). La bourgeoisie et le patronat suisses ont combattu cette initiative de manière purement formelle. Ils l’intègrent désormais et l’utilisent comme levier pour durcir leur domination. À ce sujet, voir le Rebellion intitulé « L’égalité est au prix de la lutte » reproduit dans ce numéro.

Cela a aussi des implications chez les étudiant-e-s. L’attaque sur le triplement des taxes d’études pour les étudiant-e-s étrangers/ères dans les EPF est particulièrement emblématique à cet égard. Portée par la social-démocratie en alliance avec l’UDC, elle approfondit la constitution de deux conditions étudiantes, fondées sur le passeport et le permis. On voit aussi la mise en place de contingents pour les étrangers/ères dans les universités.

Objectifs et sens de notre combat

Les attaques et les politiques menées ont une très grande cohérence à l’échelle européenne. La rapidité avec laquelle elles  se traduisent à l’échelle nationale, locale, dans les institutions universitaires, progresse et nécessite une réponse à la hauteur de la détermination des centres de pouvoir du système, le tout dans une accélération des temps de ce processus. Les composantes de ces attaques se renforcent l’une l’autre, sont cohérente entre elles, relèvent d’une politique générale que nous pourrions résumer schématiquement ainsi :

1. Une dégradation et une précarisation des conditions d’études, par l’augmentation des frais, la baisse des bourses et l’emprise toujours plus grande des prêts étudiants. Il s’agit de la construction et du renforcement de la politique du «capital humain», d’un «salariat à crédit», où chacun-e est contraint-e à devenir un-e illusoire auto-entrepreneur/euse, dans un marché dégradé de la qualification et de la vente de la force de travail. C’est une atteinte très profonde au service public, au salaire direct et social, qui tend à construire un rapport de subordination de plus en plus profond à la valorisation capitaliste, au condition d’un marché du travail politiquement construit, aux appareils de commandement. On peut et on doit penser qu’il se trace une continuité entre cette subordination, et celle que l’on retrouve dans les stages, dans les formes précarisées et sous-salariés, et plus tard dans les formes salariées plus stabilisées.

2. La construction politique d’un marché du travail européen, avec ses conditions de travail, de statut, de salaire profondément dégradées repose sur la prolétarisation massive des travailleurs/euses intellectuel-le-s, «destituté-e-s», flexibilisé-e-s et précarisé-e-s. Cette prolétarisation des intellectuel-e-s renforce numériquement et socialement le monde du travail. Elle configure un salariat nouveau. Cela passe par la montée en force des statuts précaires et fragilisés, du cumul des stages, du travail assigné, des formes d’emplois discontinus, des sous-salarisations et des déprotections. Cela passe par une durée de plus en plus longue dans l’emploi, après les études, pour trouver un travail stable.
Nous assistons à l’accumulation d’une masse de salarié-e-s frappé-e-s par une précarité de longue durée. Le passage par des périodes de chômage devient un élément structurel des trajectoires professionnelles. La féminisation importante de l’intellectualité de masse renvoi à la condition des femmes, subissant les dominations traditionnelles et s’inscrivant dans le marché du travail comme « précaires parmi les précaires ».  Le type d’intégration des femmes dans le marché du travail implique la réactivation des dominations archaïques pour mieux précipiter la précarisation générale.

3. Les politiques fondées sur les accords de Bolgone, avec la marchandisation du savoir, la managérialisation et d’«autonomisation» de l’université, vise à soumettre l’enseignement supérieur à l’immédiateté de la valorisation capitaliste et à la reproduction élargie du pouvoir. Nous affrontons une attaque contre ce que furent des éléments centraux de la massification et la démocratisation relative des études, dans la période historique précédente. Il s’agit aussi de conquérir l’hégémonie pour une conception utilitariste et parcellisée de la formation, avec la construction de parcours étroitement professionnalisant (par ex. masters spécialisés avec stage) répondant immédiatement aux besoins, parfois locaux, de l’organisation du travail et de la domination sur les qualifications et les professionalités. En fait, il y là une entreprise de liquidation des qualifications et certifications fortes, celles qui permettent d’acquérir un certain rapport de force sur le marché du travail, et ce au profit d’un système de compétences limitées qui fragilise et précarise.

4. Des politiques de discrimination, de mise en concurrence des « étrangers/ères » et des « indigènes », avec des droits différenciés, une restriction d’accès à la sécurité sociale, du droit de se mouvoir librement, et avec, naturellement, des attaques au regroupement familial.

5. Des attaques très marquées contre les droits fondamentaux, démocratiques et syndicaux : restriction de la possibilité d’informer, d’afficher, d’avoir accès aux étudiant-e-s et aux précaires, attaques sur le droit de négociation, restriction du droit de grève, répression des manifestations et de la lutte dans l’espace public en général. Les tentatives d’introduire des mesures disciplinaires contre «l’atteinte à l’ordre universitaire», à Fribourg, est particulièrement emblématique. Le commandement ne s’exerce pas que dans le salariat, il se déploie pleinement dans le pré-salariat, à l’université, institution qui marque une étape de la vie au travail, celle de la formation. Cette politique de restriction des espaces démocratiques s’accompagne aujourd’hui d’attaques contre les formes de la représentativité bourgeoise classique au sein des universités, avec la concentration du pouvoir de décision dans les directions. C’est le plein passage de l’université classique à l’université entreprise. Il est couplé avec la présence de plus en plus poussée des firmesdans la prise de décision. Il s’agit de briser tous les éléments superflus de la chaîne de décisions pour assurer la réactivité la plus immédiate possible aux besoins du marché du travail.  En somme, la liquidation de ce qu’il fut appelé autrefois culture.

De quoi avons-nous besoin

La seule politique réaliste à mener, c’est celle du développement des organisations de base, indépendantes et autogestionnaires, pour lutter, pour construire un contre-pouvoir capable de porter la bataille au niveau où l’attaque contre nous est menée. Nous en sommes loin, mais tentons toutefois de tracer quelques éléments d’un tel possible.
Ces organisations doivent être en mesure de répondre à ces politiques par des revendications qui correspondent aux désirs et aux aspirations du plus grande nombre. Revendiquer ainsi, face au type de capitalisme que nous affrontons, c’est prendre une position d’une très grande radicalité. Nous devons aussi être capables d’assurer un point d’appui pour les étudiant-e-s/travailleurs-euses autant dans les conflits qui les opposent à leurs employeurs que face à ce qui se joue dans les lieux de formation. Que personne ne se retrouve sans soutien, démuni-e face à des forces qui frappent, souvent très fort.

Mais tout d’autant, nous avons besoin  de mener un débat et de porter des propositions d’alternatives, d’offensives qui offrent des débouchés, qui permettent des avancées, même partielles, au fil de nos luttes. Il faut travailler en ce sens autour de la gratuité scolaire, couplée avec la revendication d’un salaire social pour la jeunesse. Ce dernier répond radicalement au processus de précarisation et de flexibilisation, au caractère discontinu du salaire direct traditionnel et aux injonctions de formation tout au long de la vie. La formation, tout comme le chômage, la maladie, etc., est une étape de la vie salariée et doit être rémunérée et protégée de la même manière. Les étudiant-e-s sont des travailleurs/euses en formation. Il nous faut porter une revendication d’égalité de condition pour tous et toutes les étudiant-e-s européen-ne-s, à partir des conditions les plus favorables déjà atteintes. C’est cela qui permettra une véritable libre circulation garantie et protégée. Enfin, la revendication de la culture et de la construction intellectuelle, celle d’une université libre, critique, émancipatrice, implique un financement public suffisant, un statut de service public fondé sur l’utilité sociale, une stratégie de socialisation et d’appropriation sociale de l’enseignement et, en fait, de toute l’école.

De l’audace

Voilà ce qui pourrait être la base d’une plateforme des luttes de la jeunesse en Suisse, fondée sur l’indépendance face au pouvoir séparé, sur l’autogestion, et sur l’action directe de masse. Il nous faut travailler en ce sens en intégrant toutes les organisations politiques, sociales et syndicales qui veulent y participer, en considérant à égalité ces collectifs dans l’oeuvre commune d’émancipation. La convergence se fera dans les luttes, dans la nécessité de rompre avec les appareils d’encadrement du social-libéralisme. Ayons l’audace de construire un trajet ensemble, pour faire monter les luttes, la résistance, vers des objectifs et des possibles communs.

Soutien aux expulsé.e.s du Collectif Ortica

Nous transmettons ci-joint le communiqué du Collectif Ortica suite à la décision de la Commune de Neuchâtel de mettre fin définitivement au squat de La Main. Nous apportons notre soutien complet aux expulsé.e.s. Quelques liens pour les soutenir - Transmettez ces infos à votre entourage:

Communiqué du Collectif Ortica - 18 juin 2013

Suite à une rencontre le 17 juin 2013 dans les locaux du Service de l'Urbanisme de la Ville de Neuchâtel, le conseiller communal Olivier Arni nous a signifié la fin du contrat du bail de l'immeuble sis à la rue de la Main 2. Après avoir signé un accord en fin de mois d'avril et avoir pu mettre en œuvre une majorité de points prévues dans celui-ci, notamment au niveau financier et avoir aussi mis fin définitivement à l'organisation de concerts, nous nous retrouvons à la rue.

Nous ne pouvons accepter la virevolte de la Commune dans cette affaire. Sous couvert des dispositions légales qu'elle invoque, c'est évidement une question politique qui s'est joué, l'existante pérenne d'une scène alternative à Neuchâtel face au désir de normalisation de la société que défend la Commune par l'entremise de Olivier Arni. C'est autant plus méprisant, que l'accord signé entre notre collectif et la Commune n'était donc fondamentalement qu'un dérivatif orchestré par le Service de l'Urbanisme et son sinistre dirigeant.

Au revoir les bouffes populaires et les soirées discussions, bonjour l'ennui et le mépris d'une classe politique plus prompt à sauvegarder ses intérêts qu'à s'ouvrir à une réelle demande d'une partie de la population - En témoigne d'ailleurs, le nombre régulier et important des participants aux événements précités. Bonjour aussi les bancs publics pour les habitant.e.s de la maison. On attends volontiers "une solution d'hébergement" comme le dit si bien Olivier Arni. Peut-être serait-il disposé à nous céder son jardin pour que nous puissions y camper...

Dans tous les cas, nous sommes sûr de notre projet, de l'impérieuse nécessité de celui-ci. Nous continueront de développer des alternatives de logement et de vie, et de résister à la décision inique de la Commune. Autant dire que nous profiterons au maximum pendant les 9 jours qui nous restent pour faire vivre cette maison et ainsi répondre aux besoins des jeunes à Neuchâtel. Ortica résiste!

 

« La saga des Conti », Histoire d’une lutte ouvrière

L'OSL co-appelle à cet événement

« La saga des Conti » Histoire d’une lutte ouvrière
Venez voir un flim passionnant et exemplaire !

Bande-annonce, cliquez ici!

Suivi d’un débat en présence de
Xavier Mathieu, porte-parole des Conti, délégué CGT

Téléchargez le tract en pdf!

Dimanche 16 juin 2013, 18 h 00
Maison de quartier sous-gare, Av. Dapples 50, 1006 Lausanne

Entrée libre et gratuite!

La lutte des Conti, commencée en mars 2009, a fait reculer une multinationale. Elle a imposé à un patron de combat des concessions importantes. Elle continue sur le terrain juridique.
Contrairement au discours médiatique convenu, l’action des Conti n’est pas un combat du passé industriel, un chant du cygne. Elle est un exemple pour le présent et l’avenir. Elle nous dit dans quel esprit et avec quelle volonté il faut mener l’action. Elle illustre ce que doit être un syndicalisme combatif et efficace.


Le 11 mars 2009, les 1120 salariés de l’usine « Continental » reçoivent leur lettre de licenciement. En 2007, contre une promesse de maintien de l’emploi jusqu’en 2012, les Conti ont consenti d’importants sacrifices, des baisses des salaires et des dégradations des conditions de travail. C’est dans ce contexte que les ouvriers de l’usine de Clairoix apprennent que la production sera délocalisée en Roumanie. Les 17 millions de bénéfices que Continental AG tire de leur exploitation ne suffisent pas aux actionnaires qui veulent du 15 % minimum de retour sur investissement.


Les Conti décident de se battre sur tous les terrains, y compris le juridique. La stratégie principale va être celle du nombre. Tous solidaires, les Conti occupent le pavé. Quand le dialogue leur est refusé, ils investissent la sous-préfecture de Compiègne, se rendent massivement sur le site de production de Sarreguemines, participent à la manifestation des ouvriers allemands de Continental AG à Hanovre.


La mobilisation est animée par un Comité de lutte élu par la base. Le collectif ouvrier négocie directement avec le patron. Un syndicalisme exemplaire s’affirme. Avec lui, des militants comme le délégué CGT, Xavier Mathieu, s’imposent sur le front médiatique. Roland Szpirko, ancien de la lutte de Chausson, militant de Lutte Ouvrière, joue un rôle déterminant dans l’organisation de la lutte. Les Conti construisent une mobilisation exemplaire et prennent la parole.


La pression qu’ils exercent, leur capacité à incarner la colère, la revendication, l’espérance de centaine de milliers de salarié-e-s font finalement plier Continental AG. Ils arrachent 50’000 euros de prime de départ par salarié et un congé de reclassement de 24 mois. Malgré l’acharnement de l’Etat et de l’appareil judiciaire contre quelques ouvriers, dont Xavier Mathieu qui en a subi particulièrement la hargne, la répression est bloquée.


Des Conti, nous pouvons apprendre beaucoup. La détermination, la capacité stratégique, la combinaison des divers moyens d’action, la capacité et la volonté d’agir sur le long terme, la capacité aussi d’espérer et de vivre ensemble une belle aventure humaine.


En somme, le syndicalisme vrai.